‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 279 sur 553 · EMPLOI DES JOURNEES · texte numérisé non relu

EMPLOI DES JOURNEES

dans ses tableaux allégoriques, et s’il développait si bien ses sujets, n’y faisant entrer que les choses qui y étaient propres et particulières ; d’où vient qu’ayant une parfaite connaissance de l’action qu’il voulait représenter, il y entrait plus avant et l’animait davantage, mais toujours dans le caractère de la nature >;. En tout, on le voit, dans la composition de sa galerie de tableaux comme dans celle de sa bibliothèque, Rubens est un éclectique. Il prend son bien partout où il le trouve, s’applique à extraire de ses lectures la substance même des choses et à se l’assimiler pour le plus grand profit de son talent.

Au milieu des richesses de toute sorte qu’il avait ainsi amassées dans sa demeure, la vie de Rubens était restée simple et frugale. Sans doute, son train de maison grandissait avec les années et il s’était montré à la hauteur de sa situation. Mais toujours un ordre parfait présidait à ses dépenses et il avait pour principe que si l’on ne veut pas être importuné par le souci des affaires, il ne faut pas les remettre au lendemain. Grâce au soin vigilant avec lequel il savait arranger sa vie, sans jamais se presser, il venait à bout d’une infinité de tâches. Non seulement son activité était extrême, mais elle était surtout merveilleusement réglée. Les indications que nous fournit de Piles nous permettent de reconstituer l’emploi quotidien de toutes ses heures. D’abord, il est très matinal. Levé dès quatre heures, « il se fait une loi de commencer sa journée par entendre la messe ». C’était lâ pour lui un moment de prière et de bonnes résolutions. Faisant taire en lui-même les passions qui germent et grondent au fond de toute âme humaine, même chez les plus nobles, et plus fortement encore chez les plus agissantes, il conquiert par cet effort initial de recueillement la pleine possession de soi-même et l’entière liberté d’esprit que va réclamer son travail. De retour à la maison, il se met aussitôt â l’ouvrage, et pendant qu’il peint, de Piles, confirmant sur ce point le témoignage du Danois Sperling, nous dit qu’il a toujours auprès de lui « un lecteur, à ses gages, qui lui lit à haute voix quelque bon livre ; mais ordinairement Plutarque, Tite-Live ou Sénèque ». Nous doutons fort cependant qu’on lui fît ainsi la lecture, ou du moins qu’il l’écoutât, toutes les fois qu’il travaillait. Si certaines tâches lui laissaient assez de liberté d’esprit pour qu’il pût, même en s’y livrant, prêter l’oreille à son lecteur, d’autres, comme celle de la composition par exemple, ne comportaient guère cette

Page 1