CHAPITRE II
Les Quatre Éléments, les Quatre Ages de la Terre, les Quatre Points du Jour, avec des panoramas compliqués où l’artiste entasse force accidents, des montagnes, des rochers, et de vastes perspectives toutes peuplées d’animaux et de figures, mais qui ne dénotent pas une bien grande étude de la nature. Dans la Nuit qui fait partie des Quatre points du Jour, nous remarquons un fragment de ruine antique et un dôme rappelant vaguement celui de Saint-Pierre, ce qui semblerait confirmer le voyage de Verhaecht en Italie. A l’exemple de Lucas van Valckenborg et de Pieter Brueghel, il avait aussi peint une Tour de Babel qu’on disait être son chef-d’œuvre. Dans le seul tableau que nous connaissions de lui et qui appartient au Musée de Bruxelles, le manque d’étude s’accuse aussi bien par une couleur fade et délayée que par le défaut de précision dans les formes et l’absence complète de caractère. C’est une Aventure de chasse de V Empereur Maximilien qui, emporté par son ardeur à la poursuite
d’un chamois, s’était avancé jusqu’au sommet d’un rocher suspendu au-dessus des abîmes et d’où il n’avait été tiré qu’à grand’peine. Verhaecht n’a pas manqué une si belle occasion de réunir là ce que ses lointains souvenirs du Tyrol, où s’était passé cet événement, pouvaient lui rappeler, et son œuvre décèle aussi bien la pauvreté de son imagination que la médiocrité de son talent. Le tableau, signé de son monogramme, est cependant daté de i6i5, c’est-à-dire plus de vingt-cinq ans après que Rubens eût quitté son atelier, où très probablement le jeune homme ne demeura que fort peu de temps.
En revanche, il devait passer quatre ans chez Adam van Noort, un artiste dont la figure est restée assez énigmatique, ses œuvres, comme son histoire, ayant prêté à des confusions qui sont encore loin d’être éclaircies. Disons cependant que sa vie a été indignement travestie par des légendes fantaisistes qui pendant longtemps ont trouvé un complaisant écho dans la critique. Quelques-uns de ses biographes nous le représentent, en effet, comme un homme d’un caractère dur, grossier, enclin à la boisson et qui, à les en croire, devenait même assez brutal à la suite des libations auxquelles il se livrait trop volontiers. C’est même pour échapper à ses mauvais traitements que Rubens l’aurait quitté. Nous ferons observer à ce propos que les Van Mander et de Bie, premiers historiens qui ont parlé de Van Noort, ne disent rien de ce penchant à l’ivrognerie qu’il aurait eu, ni de son humeur difficile. Les plus