‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 281 sur 553 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

conditions très différentes. 11 se voyait donc obligé de défendre sa vie. Ceux qu’il admettait dans son intimité, sachant combien son temps était précieux, connaissaient les heures où, sans craindre de le déranger, ils pouvaient le trouver chez lui.

Avec les Romanistes, il évoquait les souvenirs de l’Italie, de ses monuments, de ses chefs-d’œuvre; avec ses proches, surtout avec ses amis Rockox et Gevaert, il aimait à deviser de littérature et d’archéologie, ou même des affaires de la ville d’Anvers. L’étude de ses collections, le maniement de ses pierres gravées et de ses médailles leur fournissaient aussi l’occasion de commentaires savants ou ingénieux. Avait-il fait quelque nouvel achat, il était heureux de le soumettre à ses familiers, d’avoir à cet égard leur appréciation. Les ecclésiastiques, les érudits, les amateurs, les hommes d’État, goûtaient aussi son commerce; à chacun il parlait son langage, et suivant de Piles, « le plaisir que les grands avaient à causer avec lui était tel que le marquis Spinola disait que Rubens avait reçu en partage des dons si nombreux qu’à son avis, celui de la peinture était un des moindres». Soit qu’ils voulussent s’entretenir avec lui de leur art ou qu’ils vinssent solliciter ses conseils et son appui, ses confrères étaient assurés de trouver près de lui le meilleur accueH. Tout jaloux qu’il fût de ne rien distraire d’un temps qu’il savait si bien employer, il ne manquait jamais — et c’est également à de Piles que nous devons ces renseignements — « d’aller voir les ouvrages des peintres qui l’en avalent prié, et il leur disait son sentiment avec une bonté de père, prenant même quelquefois la peine de retoucher leurs tableaux ». Loin de les rebuter, il leur prodiguait ses encouragements. Comme s’il voulait, à force d’affabilité, se faire pardonner son génie, il se plaisait à découvrir et à vanter les meilleurs côtés de leurs ouvrages et « trouvait du beau dans toutes les manières ». Félibien n’est pas moins explicite que de Piles à ce sujet et, rendant hommage aux rares qualités de Rubens, il constate « qu’au lieu de lui attirer l’envie de ses pareils, elles le faisaient aimer de tout le monde; car j’ai su, ajoute-t-il, des personnes qui l’ont connu particulièrement que, bien loin de s’élever avec vanité et avec orgueil au-dessus des autres peintres, à cause de sa grande fortune, il traitait avec eux d’une manière si honnête et si familière qu’il paraissait toujours leur égal; et comme il était d’un naturel doux et obligeant, il n’avait pas de plus grand plaisir que de rendre service à tout le

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