‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 282 sur 553 · PORTRAITS DE RUBENS · texte numérisé non relu

PORTRAITS DE RUBENS

monde» (i). Cette absence complète de morgue et cette franche camaraderie de Rubens avaient eu les plus heureux effets, et, grâce à son influence, les relations les plus cordiales régnaient entre tous les artistes d’Anvers qui, à ce moment, semblaient ne former qu’une seule famille.

La grâce de la personne s’ajoutait chez Rubens au charme de la bonté, et comme le dit encore de Piles, « les séductions qu’il exerçait tenaient aux vertus qu’il s’était acquises, autant qu’aux belles qualités dont la nature l’avait avantagé.... Il avait la taille grande, le port majestueux, le tour du visage régulièrement formé, les joues vermeilles, les cheveux châtains, les yeux brillants, mais d’un feu tempéré, l’air riant, doux et honnête ». Tel il nous apparaît, en effet, dans les divers portraits qu’il nous a laissés de lui-même et sur lesquels il est intéressant de suivre les modifications que l’âge apporta graduellement à sa physionomie et à ses traits. Nous avons parlé de celui qui figure dans le tableau des Philosophes du Palais Pitti, peint vers 1612-1614. Le type de Rubens s’y retrouve sensiblement pareil à ce qu’il était au printemps de 1610 dans la peinture de la Pinacothèque où il s’est représenté avec sa jeune épouse, peu de temps après son mariage. Bien que MM. H. Hymans et Max Rooses le rapportent à une date tout à fait postérieure, nous croyons que l’un des portraits des Uffizi (n° 233 du catalogue) est à peu près de cette même époque. Non seulement la ressemblance est extrême, mais avec l’air de jeunesse, la barbe encore soyeuse et peu abondante, la facture elle-même, sommaire et assez timide, la coloration un peu jaunâtre des chairs, les ombres opaques et la façon expéditive dont la chevelure et la barbe sont traitées par hachures un peu sommaires, confirment notre hypothèse. La comparaison avec l’autre portrait de Rubens placé aux Uffizi dans la même salle (n° 228 du catalogue) ne nous paraît pasd’ailleurs laisser de doutes à cet égard (2). Cette fois, c’est le portrait consacré et bien connu, celui qui vient aussitôt à l’esprit quand on prononce le nom du maître, tel, du reste, qu’il a été répandu par la belle gravure de P. Pontius. Se détachant sur un fond gris verdâtre, vêtu de noir, avec un petit col de guipure à demi caché par le manteau, un bout de chaîne

(1) Entretiens sur les vies et les ouvrages des plus excellents peintres. Paris, 168S, 4^ partie page 127.

(2) C’est la reproduction de ce portrait que nous donnons en tête de ce volume. La collection de la reine d’Angleterre, à Windsor, et M. Guillibert, à Aix, en possèdent des répétitions également de la main de Rubens.

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