‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 285 sur 553 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

très affectueuses. Elles échangeaient à chaque instant des lettres et des cadeaux, des fleurs, des coiffures et d’autres objets de toilette qu’elles s’amusaient à confectionner elles-mêmes.

C’est environ deux ans après l’assassinat d’Henri IV que Marie de Médicis, qui jusque-là avait habité le Louvre, conçut le projet d’avoir une résidence à elle et se décida à faire construire le palais du Luxembourg dans un quartier alors assez désert, mais où s’étaient déjà bâtis quelques beaux hôtels, notamment celui de Concini, son favori. Les travaux, commencés en 1613, avaient été dirigés par Jacques de Brosse qui, sur l’ordre de la reine mère, chercha dans son plan à se rapprocher le plus possible du style du palais Pitti où elle avait été élevée. Cependant Marie de Médicis était à peine établie dans cette nouvelle demeure qu’elle la quittait en 1617, à la suite du meurtre du Maréchal d’Ancre et du pillage de son hôtel. Son exil et sa captivité à Blois l’ayant pour quelque temps éloignée de Paris, elle venait d’y rentrer après l’accord de Brissac conclu entre elle et son fils, le 12 août 1620, par l’intermédiaire de Richelieu. Installée de nouveau au Luxembourg, elle avait résolu d’orner de peintures la grande galerie disposée à côté de ses appartements de réception. Les parois de cette galerie présentaient une surface considérable et vers la fin de 1621, le trésorier de Marie de Médicis, Claude de Maugis, abbé de Saint-Ambroise, avait été touché par le baron de Vicq, ministre des Flandres espagnoles auprès du roi de France, de la convenance qu’il y aurait à confier ce travail à Rubens, comme étant le seul artiste de cette époque capable de mener à bien une entreprise aussi importante. L’abbé de Saint-Ambroise passait pour s’y connaître en peinture, et il s’entremit auprès de la reine pour lui faire approuver le choix de Rubens. Celui-ci, prévenu de cet honneur, alla prendre congé de l’Infante Isabelle, qui non seulement lui donnait son agrément, mais le chargeait de remettre de sa part à Marie de Médicis une petite chienne portant un collier garni de plaques émaillées. Nul doute que, dès lors, la princesse, devenue par la mort récente de son mari, gouvernante des Flandres, n’ait en même temps prié Rubens, en qui elle avait une extrême confiance, de ne rien négliger pour se rendre compte des dispositions de la Cour de France et pour être exactement informée par lui de ce qui s’y passait.

Dès le II janvier 1622, une lettre de Fabri de Peiresc à son ami le

DÉCORATION DE LA GALERIE DE MÉDICIS. 3i5

jurisconsulte J. Aleander nous apprend que Rubens était à Paris. Il s’y trouvait encore le ii février suivant, car, à cette date, Jean Brueghel écrivant d’Anvers à son protecteur le cardinal Borromée, l’avertit que Rubens, « son secrétaire », est pour le moment en France où il a été mandé par la reine mère. On peut penser que, dès son arrivée, le peintre s’était fait présenter à Marie de Médicis, et qu’avec son usage du monde et sa distinction naturelle il avait bien vite gagné ses bonnes grâces. Prudent et avisé comme il l’était, il avait pu aussi se renseigner sur la situation assez compliquée au milieu de laquelle il devait se mouvoir. La détermination des sujets qu’il aurait à traiter était particulièrement délicate. Suivant les habitudes de ce temps, la reine, sans fausse honte, avait donné elle-même comme programme des compositions destinées à sa galerie, l’histoire ou pour mieux dire l’apologie de sa propre vie. Une galerie parallèle, disposée symétriquement dans l’autre aile du palais, était réservée pour recevoir plus tard des peintures consacrées à la vie d’Henri IV.

Si accidentée qu’eût été l’existence de Marie de Médicis, il n’était pas aisé d’en tirer, à ce moment, des images pittoresques. A distance, libre de ses allures et pouvant choisir à son gré les sujets qui lui sembleraient le mieux se prêter à une pareille destination, Rubens n’aurait pas été embarrassé. Mais les épisodes les plus saillants de cette histoire étaient ceux-là mêmes qu’il fallait taire, ou tout au moins travestir. Sous peine de froisser des passions toujours vives, l’artiste devait s’en tenir à des banalités. Henri IV n’avait pas été, tant s’en faut, un mari modèle, et dans ses rapports avec lui, la reine, au lieu de la douceur et de la patience qu’eussent commandées une dignité ou une vertu plus hautes, avait toujours montré cet esprit d’intrigue et cette soif de pouvoir qui, après la mort du roi, allaient amener avec son fils des démêlés si nombreux et agiter si profondément la France.

Tant bien que mal, on était cependant parvenu à fixer le choix d’un certain nombre de sujets. Pour les premiers tableaux de la série, comme ils étaient consacrés au début de la vie de Marie de Médicis, à sa naissance et à son éducation, tout s’arrangeait à souhait et l’adulation, qui à ce propos était de règle, trouvait amplement matière à s’exercer. La jeune princesse ne manquait pas de beauté; élevée à la cour des Médicis, où depuis longtemps les arts et les lettres étaient en honneur, elle avait reçu

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