CHAPITRE XIII
Mais jusque là, du moins, à la distance où l’on était de ces événements, il n’y avait aucun danger à n’en présenter que les beaux côtés, fût-ce au prix de quelques mensonges. La chose devenait plus difficile avec des faits plus récents. Après tant de paix boiteuses et de raccommodements peu sincères entre la mère et le fils, la dernière réconciliation serait-elle plus durable? De part et d’autre, chacun gardait ses ressentiments comme ses espérances et il était évident qu’avec une situation aussi tendue et aussi équivoque, tout ce qui, dans le choix des épisodes et dans la façon de les traiter, tendrait à glorifier la conduite de la reine, pourrait, du même coup, prendre un air de blâme vis-à-vis du jeune roi.
On était cependant parvenu à s’accorder sur quinze des sujets à représenter : la Naissmice de la Reine, V Éducation, la Présentation du Portrait, la Réception de l'Anneau, VArrivée à Marseille, l’Arrivée à Lyon, la Naissance du Dauphin, le Couronnement, la Mort du Roi et la Régence, la Prise de Juliers, la Paix de la Régence, le Conseil des Dieux, le Mariage de Louis XIII, le Mariage de la Reine d'Espagne et enfin la Remise du Gouvernement entre les mains du Roi. Quatre autres sujets qui devraient être compris entre ce dernier tableau et le précédent avaient été réservés pour être déterminés plus tard.
Les débats auxquels donna lieu ce programme auraient suffi pour montrer à Rubens à quel point sa tâche était délicate. Aussi, avec son esprit net et pratique, avait-il tenu à se préserver du contrôle continu auquel il aurait été soumis si, obligé de travailler à Paris, il eût été exposé à tous les commentaires et tous les commérages de la Cour. Il fut donc convenu qu’il aurait toute latitude pour peindre à Anvers ces grands ouvrages; mais il devait se mettre aussitôt à la besogne et revenir à Paris lorsque huit ou dix des peintures seraient terminées, afin de voir l’effet qu’elles produiraient en place. Une somme de 20 oooécuslui était allouée pour la décoration des deux galeries. Rubens n’avait pas négligé d’ailleurs de s’entourer des renseignements qu’il jugeait nécessaires pour son travail et il avait fait d’après Marie de Médicis deux croquis légèrement indiqués au crayon et à la sanguine, pris l’un de profil, l’autre presque de face (i).
Il avait su, sans doute aussi, se concilier la bienveillance du roi LouisXIII, car celui-ci l’avait chargé en même temps d’une autre commande, égale-
(i) Le premier fait partie de la collection de l’Albertine, l’autre, que nous reproduisons ici, appartient au Louvre.
IMP.DRAEGER. PARIS