JUGEMENTS DES CONTEMPORAINS
le plus grand de tous, cette couleur à la fois si éclatante et si harmonieuse. Et notez qu’ici, dans cette harmonie générale, c’est le bleu qui domine, cette tonalité séduisante, mais si délicate à manier lorsqu’il s’agit d’en couvrir de vastes surfaces. Il est vrai qu’en pareille occurrence, Rubens
LE COURONNEMENT DE LA REINE, (Musée du Louvre.)
n’est jamais embarrassé et qu’il découvre vite quelles oppositions doivent faire valoir les couleurs auxquelles il veut réserver le plus grand éclat. Tout d’abord, afin d’éviter îa froideur que ces bleus multipliés donneraient à l’ensemble, leurs ombres ont été très montées, nourries de bruns généreux, animées de reflets hardis; partout aussi la gamme variée des jaunes contraste avec ces bleus et les fait vibrer. Pour ajouter encore à la richesse de l’ensemble, quelques rouges discrètement répartis, mais très francs, jouent avec les blancs des hermines et du costume du jeune dauphin, avec les gris nuancés des collerettes et les gris plus soutenus de l’architecture.
C’était là un art bien nouveau qui, surtout en France, n’avait guère chance, à ce moment, de trouver un public préparé pour le comprendre. Les appréciations de la cour, nous l’avons vu, portaient plutôt sur la nature même des sujets que sur le talent avec lequel iis étaient rendus. L’artiste, du reste, n’avait pas une haute idée du goût de îa reine mère en matière de peinture, et, à son avis, elle n’y entendait absolument rien (Lettre à Dupuy, 27 janvier 1628), bien que, suivant de Piles, «elle dessi-