‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 319 sur 553 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

difficiles et il parle aussi des projets du prince d’Orange pour essayer de secourir la place. Dans la lettre suivante (26 décembre), il accuse réception des Lettres de Duplessis-Mornay qu’il a grand plaisir à lire et il se dispose à envoyer bientôt le livre de Jacques Chifflet sur V Authenticité du linceul de Jésus-Christ conservé à Besançon', il tient aussi à la disposition de Peiresc un dessin fait d’après une momie fi) et qu’il lui expédiera plus tard dans une caisse, avec des peintures. Le 3 juillet 1625, écrivant à Valavès, il l’informe que, sur la demande d’Aleander, il lui adresse, avec prière de ne pas les montrer, des gravures faites d’après des camées, bien qu’il n’ait pas encore eu le temps de retoucher ces gravures. Outre la reproduction de deux grands camées, elles présentent aussi « celle d’un magnifique et important char triomphal, avec quatre chevaux qui, contrairement à l’habitude, sont vus de face, avec une foule de détails intéressants au sujet desquels il aimerait à connaître les commentaires du seigneur Aleander, ainsi que le nom de l’empereur qui lui paraît ressembler plus à Théodose qu’à aucun autre ; pour les autres particularités, elles pourraient tout aussi bien se rapporter à Aurélien qu’à Probus » (2).

Tout ce qui a trait à l’archéologie, on le voit, préoccupe Rubens et le passionne. Pendant son séjour à Paris, il a mis à profit ses loisirs pour voir les plus riches collections d’objets antiques qui existaient alors. 11 ne pouvait, en cette occasion, avoir de meilleur guide que Peiresc qui avait, en 1628, donné le premier une interprétation exacte du fameux Camée de la Xa/nfe-C/m/^d/e représentant V Apothéose d’Auguste, ainsi que de la Gemma Augustaea (3). Sur la demande de son ami, Rubens, qui avait dessiné ces camées, en avait fait graver les dessins à Anvers. 11 avait même été question, à ce propos, d’entreprendre, de concert avec Peiresc, Aleander, Cassiano del Pozzo, Rockox et Rubens lui-même, une publication de planches d’après les objets antiques les plus remarquables dont celui-ci avait réuni les dessins ou qui faisaient partie de ses collections. Dans le post-scriptum de sa lettre du 3 juillet, il rend compte à Valavès de la démarche qu’il vient de faire auprès de Rockox au sujet de cette publication : « Je l’ai trouvé, dit-il, assez bien disposé à y participer;

(1) Cette momie a été conservée presque jusqu’à nos jours chez un descendant de Rubens.

(2) En réalité, le camée dont il s’agit ici et qui appartient au cabinet des médailles de la Bibliothèque Nationale représente le Triomphe de Licinius.

(3) Le premier de ces camées se trouve aussi au cabinet des médailles ; le second au Musée de Vienne.

CORRESPONDANCE DE RUBENS

mais à condition que cette idée ait chance certaine d’aboutir. C’est un galant homme, très versé dans la connaissance de l’antiquité et dont les commentaires pourront nous être fort utiles et nous faire honneur. Mais, tel que je le connais, il ne voudrait s’engager que dans des limites définies, pour son concours comme pour les dépenses. Il est riche et sans enfants, mais sagement économe ; en tout, homme de bien, jouissant d’une réputation irréprochable, ainsi que le sait le S‘‘ de Peiresc, votre frère, qui l’a pratiqué person nellement. Je vous serais donc obligé de lui communiquer cette lettre , ainsi qu’au S”'' Aleander, parce que, pour conduire à bon port notre entreprise, nous avons véritablement besoin d’assistance. » Formé, puis abandonné et repris, ce projet ne devait pas être réalisé par Rubens, et

bien qu’il existe une suite de huit planches avec un frontispice, gravés en vue de cette publication par Vorsterman, P. Pontius et Nie. Ryckemans d’après des dessins du maître, ce dernier, s’il en a fourni les éléments, y est cependant demeuré étranger. Suivant la judicieuse remarque de M. Max Rooses, le titre seul sous lequel elle a paru et son orthographe barbare : Varie figueri de Agati antique desiniati de Peeiro Paulo Rubbenie, suffiraient à le prouver.

D’autres passages de cette correspondance nous aident à mieux connaître le caractère de Rubens et la rectitude morale qui préside à ses jugements. Valavès lui ayant parlé de la maniede duels qui en ce moment

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