‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 323 sur 553 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

intimité qui lui convient. La Vierge, il est vrai, nous offre le type bien connu qu’on retrouve dans plusieurs autres productions de cette époque, notamment dans ces madones de dimensions plus restreintes que Brueghel entourait de ses guirlandes de gracieuses fleurettes. Mais les pâtres et les paysannes qui s’approchent du divin enfant pour lui offrir, avec une gaucherie respectueuse, leurs modestes offrandes et les animaux familiers, un âne et un bœuf, que le peintre a groupés à côté d’eux, ont été certainement étudiés par lui d’après nature. Vers ce moment, en effet, on commence à trouver de plus en plus fréquentes parmi les dessins de Rubens des études aussi naïves que magistrales qu’il fait à la campagne pour les utiliser dans ses tableaux : une paysanne accroupie, une autre portant sur sa tête une corbeille, des vaches couchées ou paissant, des chevaux attelés à des charriots, et une foule de détails pittoresques, saisis par lui sur le vif.

La Morf de Sainte Madeleine exécutée pour l’église des Récollets de Gand, et qui appartient aujourd’hui au Musée de Lille, date aussi très probablement de cette époque. Défaillante et pâmée dans une suprême extase, la sainte est soutenue par deux anges qui lui montrent le ciel entr’ouvert pour la recevoir. Les nuances volontairement atténuées des vêtements de ces anges, la tristesse d’un paysage rocheux et désert, la pâle lueur du soleil couchant qui s’éteint à l’horizon, tout dans cette toile expressive est en harmonie parfaite avec la gravité d’un pareil sujet. Autant Rubens est d’habitude porté à déployer toutes les magnificences delà couleur, autant il sait, quand il le faut, rester sobre, austère, et, avec les moyens les plus simples, atteindre à l’éloquence la plus pathétique. Jamais, en tout cas, il n’a imaginé une figure plus poétique, ni plus touchante, que celle de cette pécheresse agonisante, avec son visage amaigri, ses traits contractés par la souffrance, les yeux renversés, les tempes baignées de sueur, mais ravonnante et comme transfigurée déjà par les célestes béatitudes.

La gravure de P. Pontius a rendu célèbre le Saint Roch intercédant pour les Pestiférés qui fut commandé au maître pour l’autel de la Confrérie de ce saint, dans l’église d’Alost, où il est encore. Cintrée à la partie supérieure, la composition est partagée par le milieu en deux parties presque égales : en haüt, le saint priant le Christ d’apaiser la terrible contagion, et, en bas, les malades qui implorent son assistance.

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