‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 325 sur 553 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

et les Miracles de Saint Benoit, traités tous deux d’une manière très décorati\ e, avec le même arrangement des masses principales en deux groupes superposés. Nous avons dit plus haut (i) quelles vicissitudes avait subies la commande de la Conversion de Saint Bavon faite à Rubens par l’évêque de Gand pour la cathédrale de cette ville et les instances de l’artiste auprès de l’archiduc Albert afin d’obtenir, grâce à son entremise, la confirmation formelle de cette commande. Deux autres prélats devaient se succéder sur le trône épiscopal avant que Rubens reçût d’Antoine Triest, leur successeur, la satisfaction qu’il attendait à cet égard. Les différences notables qui existent entre l’esquisse soumise en 1614 à l’archiduc (2), et le tableau de l’église Saint-Bavon, peint en 1624 (3), s’expliquent facilement par l’intervalle de dix ans qui les sépare. Dans la partie supérieure, Rubens a représenté saint Bavon s’agenouillant sur le seuil d’une église pour solliciter des deux abbés mitrés auxquels il s’adresse la faveur d’être admis dans leur couvent; en bas, près de la femme du saint, accompagnée de deux suivantes, son intendant distribue des aumônes aux pauvres et aux infirmes qui se pressent autour de lui. Mais si la composition, ainsi partagée en deux épisodes distincts, manque un peu d’unité, l’harmonie éclatante et magnifique s’accorde ■ admirablement avec la beauté du décor et la richesse de colorations qui, grâce à un travail récent de nettoyage (iSgS), ont retrouvé toute leur fraîcheur.

Le tableau des Miracles de Saint Benoît, qui appartient au roi des Belges, nous offre, avec une disposition semblable, une composition encore plus compliquée. L’épisode principal choisi par Rubens est d’ailleurs assez peu intéressant. Totila, roi des Huns, voulant éprouver saint Benoît, dont la réputation est venue jusqu’à lui, envoie au Mont-Gassin, sous prétexte de lui rendre hommage, un de ses serviteurs qu’il a fait revêtir de ses vêtements royaux. Mais le saint, ayant découvert la fraude, refuse de recevoir le faux prince. Sur cet épisode insignifiant, l’artiste a greffé une foule d’incidents accessoires dont la profusion déroute le spectateur. En même temps que d’un geste impératif saint Benoît congédie

1) Voir page 174.

{2) Elle appartient aujourd’hui à la ■■ National Gallery ■>.

(.3) Jean Brueghel donnait le 27 septembre 1824 la quittance des 600 florins.prix de ce tableau, qu’il avait touchés pour le compte de son ami Rubens.

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