‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 327 sur 553 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

donne tout entier au plaisir de peindre, à l’entrain d’une virtuosité sans égale, mais toujours contenue par un esprit pondéré. Avec une fougue apparente, il reste maître de lui. 11 tenait sans doute à cette œuvre, puisque, malgré les occasions qu’il aurait eues de s’en défaire, il l’avait gardée jusqu’à sa mort dans son atelier; peut-être aussi avait-il reconnu qu’il ne pouvait qu’en amoindrir l’impression en essayant de la pousser à un achèvement plus complet. Telle qu’elle est, on comprend que Delacroix en ait exécuté avec le plus grand soin une belle copie, un peu plus claire, un peu plus brillante encore que l’original, copie que le roi des Belges a eu l’heureuse idée d’acheter pour la placer dans sa galerie, à côté même de cet original.

Dans des dimensions analogues (i m. g3 hauteur sur i m. 40 longueur), Rubens peignit vers lôaS, pour l’autel de la chapelle de Sainte-Anne, dans l’église des Carmes déchaussés, V Éducation de la Vierge, dont l’extrême simplicité contraste avec l’animation du Saint Benoît. L’intimité d’un pareil sujet et le charme qu’il a su lui donner sont pour nous une nouvelle preuve de la souplesse de son talent. Sauf le vert noirâtre et le rouge un peu entier du vêtement de sainte Anne, ce ne sont partout que tons légers, chatoyants et finement nuancés. Le bleu amorti de la robe de la Vierge et le bleu encore plus eflfacé du ciel qui lui fait écho, accompagnent déli-cieusement les fraîches carnations de deux angelets qui tiennent une couronne suspendue au-dessus de la tête de la jeune fille. Sous cette lumière argentine, tout sourit, tout parle de candeur, de vie calme et heureuse, et de cette image de bonheur familial s’exhale un parfum aussi pur que celui des roses de l’églantier qui égaie la gauche du tableau.

Ces sujets empruntés à la vie de la Vierge jouissaient alors d’une grande vogue. Par un mouvement naturel des esprits que stimulait encore l’action du clergé, la dévotion dans les Flandres s’était faite plus aimable et plus tendre, comme si, au sortir des guerres et des persécutions qui avaient ensanglanté le pays, on sentait le besoin d’impressions plus douces et plus consolantes. A côté des épisodes inspirés par les scènes dramatiques de la Passion, dans lesquelles la mère du Christ était représentée abîmée de douleur au pied de la croix ou tenant sur ses genoux le cadavre de son fils, les oratoires et les églises se paraient de plus en plus de toiles où étaient retracées les joies de sa maternité ou les apothéoses triomphantes de son Assomption. Rubens, avec ses grandes qualités décoratives, pouvait mieux qu’aucun autre donner à de pareils sujets

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