‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 328 sur 553 · L’ADORATION DES MAGES · texte numérisé non relu

L’ADORATION DES MAGES

l’édat et la magnificence qui leur conviennent; aussi comptait-il de nombreux patrons parmi les hauts dignitaires de l’Église. C’est sur la commande de l’un deux qu’il fut chargé, en 1624, d’exécuter, pour le maître-autel de l’abbaye de Saint-Michel et moyennant le prix de I 5oo florins, le grand tableau de V Adoratioyi des Mages, qui appartient aujourd’hui au Musée d’Anvers. L’abbé Yrsseliys, élu en i6i3 supérieur de cette abbaye, où était enterrée la mère de Rubens, s’était trouvé de bonne heure en relations avec le maître qui fit, d’après lui, à cette époque, le superbe portrait du Musée de Copenhague, où il l’a représenté dans le costume blanc de l’ordre des prémontrés. Avec ses traits fins et énergiques, et son teint resté vermeil, malgré son grand âge (i), le personnage se détache très franchement sur un rideau rouge où sont figurées ses armoiries et sa devise : Omnibus Omnia. Pressé comme il l’était alors, Rubens, sans doute pour plaire à Yrsselius, avait peint entièrement de sa main cette Adoration des Mages, qu’il termina, diton, en treize jours. Bien que nous ignorions sur quoi est fondée cette tradition, il faut bien reconnaître qu’elle semble justifiée par la légèreté expéditive aussi bien que par la sûreté de l’exécution. Comme le dit Fromentin, « le tableau est d’une carrure, d’une ampleur, d’une certitude et d’un aplomb que le peintre a rarement dépassés dans ses œuvres calmes. C’est vraiment un tour de force si l’on songe à la rapidité de ce

travail d’improvisateur A citer comme une des plus belles parmi les

compositions purement pittoresques de Rubens, la dernière expression de son savoir comme coloris, de sa dextérité comme pratique, quand il avait la vision nette et instantanée, la main rapide et soigneuse, et qu’il n’était pas trop difficile ; le triomphe de la verve et de la science, en un mot, de la confiance en soi ». Tout en souscrivant à ces éloges, il nous paraît juste d’ajouter que si jamais la merveilleuse facilité de Rubens s’est révélée d’une manière légitime, c’est assurément dans cet ouvrage. A toute l’autorité du talent acquis et à l’expérience d’un sujet déjà traité par lui plusieurs fois s’ajoute ici le bénéfice d’études faites spécialement en vue de la préparation de l’œuvre, comme cette tête de bœuf si magistralement indiquée au premier plan, ou ces chameaux d’une physionomie si vraie et d’une silhouette si juste, ou encore ces esclaves nubiens,

(!) Yrsselius mourut peu de temps après, eu 1629, âgé de quatre-vingt-huit ans.

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