‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 329 sur 553 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

groupés à côté d’eux, et enfin, ce mage africain, qui s’étale au centre du tableau et darde sur la Vierge des regards « si étrangement allumés ». Pour cette dernière figure, Rubens avait utilisé une étude faite peu auparavant (i), d’après quelque commerçant d’Anvers qui, trafiquant sans doute avec le Levant, s’était affublé pour la circonstance d’un costume oriental et d’un turban. Mais cette étude, enlevée d’ailleurs avec un entrain extraordinaire, nous montre une fois de plus avec quelle aisance et quel à-propos, tout en profitant des consultations qu’il demande à la nature, le maître sait se dégager de la réalité pour accommoder à ses vues les renseignements qu’elle lui a fournis. Dans le tableau, en effet, si la pose est exactement la même, non seulement le type a été modifié, ainsi que l’exigeait le sujet, mais, au lieu de la tunique violet clair du personnage, Rubens a senti qu’à cette place il lui fallait une tonalité à la fois plus intense et plus brillante. Il ne pouvait, en tous cas, trouver une couleur plus forte, ni mieux appropriée à l’équilibre général de la composition que le bleu verdâtre de la lévite dont il a revêtu cet Oriental, car, en faisant vibrer les rouges répandus dans le tableau, ce ton forme comme le soutien et le nœud de toutes ses colorations.

Bien d’autres mérites, du reste, recommanderaient à notre admiration' cet ouvrage, dans lequel l’artiste manifeste l’inépuisable richesse de ses combinaisons. Que d’enseignements, pour quiconque tient un pinceau, dans cette façon de travailler chaque couleur, de l’animer par des reflets, sans jamais la dénaturer et en lui laissant toute sa fleur! Quelle diversité dans les contrastes ou les rapprochements de ces couleurs ! Quelle ingéniosité dans le choix de ces menus ornements : broderies d’or, passementeries, rayures ou revers, pour exalter ou calmer un ton, pour le lier au ton voisin! Quelle pratique intelligente et libre de la touche! Avec quelle habileté, quelle légèreté de main, mettant à profit les dessous bistrés de la préparation, le maître, à l’aide de quelques rehauts empâtés, indique, à peu de frais, ici des épis de blé, là le pelage d’une bête, à côté, la fourrure d’un vêtement, l’épaisseur ou la souplesse d’une étoffe ! Quelle divination, et, pour ainsi dire, quelle claire vision des harmonies de l’Orient nous montrent ces colonnes caressées par le soleil, et ces figures nues des chameliers se détachant sur le bleu d’un ciel jaspé de nuages

(i) Elle se trouve aujourd’hui au Musée de Cassel.

IMP.ORAEGER. PARIS

SAINT ROCII GUÉRISSANT I.üS .MALADES.

[Fac-similé de la Gravure de P. Pontius, d'après le tableau de la cathédrale d’Alust.)

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