CHAPITRE XIV
entoure de l’autre son frère qui, habillé d’étoffes plus claires — culotte grise, veste bleue à crevés et à rubans de satin jaune, — s’amuse avec un chardonneret captif. L’éclat et l’harmonie des colorations et l’heureux arrangement de ce groupe témoignent assez du plaisir que Rubens avait pris à le peindre aux environs de 1626, à en juger d’après l’âge de ses jeunes modèles. Les enfants étaient déjà grands; ils avaient bonne tournure et le bonheur du ménage semblait pour longtemps assuré, lorsque tout à coup Isabelle tomba gravement malade. Son état était bien vite devenu très inquiétant, car si nous ne trouvons dans la correspondance de Rubens aucune trace de préoccupation au sujet de la santé de sa femme, l’inventaire fait après la mort de celle-ci mentionne non seulement une somme de 61 florins donnée à plusieurs communautés religieuses pour des prières faites en vue de sa guérison, mais aussi les honoraires pavés à quatre médecins appelés auprès d’elle en consultation. Prières et soins devaient être inutiles. Isabelle enlevée en peu de temps à l’affection des siens, était inhumée à l’abbaye de Saint-Michel, à côté de la mère de Rubens.
C’est aussi à l’inventaire régulièrement dressé par les notaires F. Hercke et T. Guvot que nous empruntons quelques détails relatifs aux honneurs rendus à la défunte. Les funérailles avaient été en rapport avec la situation de fortune de Rubens et le rang qu’il tenait à Anvers. Parmi les dépenses faites à cette occasion figurent les honoraires du chirurgien chargé de l’autopsie, d’abondantes aumônes pour les pauvres, des gratifications aux serviteurs de la maison et aux domestiques de la Gilde de Saint-Luc et de la confrérie des Romanistes, la peinture de trente-cinq écussons aux armes de la famille et une somme payée aux chanteurs pour la cérémonie. Suivant l’usage, un repas mortuaire avait été préparé pour les affiliés de la Chambre de rhétorique, la Giroflée, un autre pour les membres du Magistrat d’Anvers, ainsi que pour les amis proches; enfin, la fondation d’une messe annuelle était assurée au couvent des Carmélites. Quant aux dispositions relatives au partage de la fortune entre Rubens et ses deux fils, elles avaient été prises d’accord avec les tuteurs de ces enfants, Jean et Henri Brant, leur grand-père et leur grand-oncle maternel. Tous les biens devaient être divisés également entre « messire P. -P. Rubens, gentilhomme de la maison de Son Altesse et ses enfants, sans en distraire ou réserver aucun d’un côté ou de l’autre; le prénommé