‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 338 sur 553 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

vente, les Saintes Ames remontant au ciel ne put être terminée à temps, et îa somme de 6000 florins, à laquelle elle était estimée, fut déduite du prix total. En revanche, un choix d’estampes gravées par Vorsterman, P. Pontius et d’autres artistes d’après les compositions du maître fut acheté également par Buckingham et payé i 5oo florins. Avant de se séparer de ses collections, Rubens s’était d’ailleurs réservé le droit de faire iuimême ou de faire exécuter des copies de certains tableaux, des moulages de statues ou des empreintes de médailles et de pierres gravées dont il voulait conserver le souvenir. A raison de la reprise des hostilités entre l’Espagne et l’Angleterre et du peu de sécurité des transports, l’expédition de tous ces objets avait occasionné des difficultés et des retards dont on trouve la trace dans la correspondance échangée entre Gerbier et Rubens. Est-il nécessaire d’ajouter que ce dernier, tout en reconnaissant la courtoisie et la générosité de Buckingham àson égard, devait par la suite garder son entière indépendance dans les négociations nouées à ce moment en vue d’un rapprochement entre les deux nations. S’il appréciait comme il convient les goûts fastueux du grand seigneur, il jugea toujours très sévèrement l’homme d’État dont la vanité et la politique aventureuse devaient être si funestes à son pays.

En dehors des indications formelles que nous a fournies sur la vie et sur le caractère même de Rubens l’inventaire dressé après la mort d’Isabelle, c’est le maître lui-même qui nous dira ce qu’était pour lui l’épouse qu’il venait de perdre. La lettre qu’il écrivait d’Anvers, le 15 juillet 1626, à son ami Dupuy, en réponse aux condoléances que celui-ci lui avait adressées, est à cet égard si instructive et si touchante que nous croyons devoir la citer ici presque en entier: «Votre Seigneurie a bien raison de me rappeler qu’il faut me soumettre à la nécessité du destin qui ne se plie pas au gré de nos passions, car comme il dépend de la souveraine puissance, il n’a ni compte ni raison à nous rendre de ses actes. Il dispose en maître absolu de toutes choses, et puisque nous n’avons qu’à lui obéir en esclaves, nous ne pouvons que chercher par notre acceptation volontaire à rendre cette dépendance aussi honorable et aussi supportable que possible. Mais ce devoir me paraît aujourd’hui bien lourd et bien difficile. C’est donc avec une sagesse extrême que V. S. m’exhorte à compter sur le temps qui fera pour moi ce que devrait faire ma raison, car je n’ai pas la prétention d’atteindre jamais un stoïcisme impassible. A mon avis, l’homme ne

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