‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 339 sur 553 · MORT D’ISABELLE BRANT · texte numérisé non relu

MORT D’ISABELLE BRANT

saurait demeurer étranger aux impressions diverses que provoquent en lui les événements et conserver une indifférence pareille pour toutes les affaires de ce monde. Je crois, au contraire, qu’il y aurait lieu en certaines occasions de blâmer cette indifférence plutôt que de la louer et que les sentiments qui naissent alors spontanément en notre âme ne sauraient être condamnés. En vérité, fai perdu une compagne excellente, digne de toute affection, car elle n’avait aucun des défauts de son sexe. Sans montrer jamais d’aigreur, ni de faiblesse, sa bonté comme sa loyauté étaient parfaites et après l’avoir fait aimer pendant sa vie, ses rares qualités la font regretter de tous après sa mort. Une telle perte me paraît mériter d’être ressentie profondément, et puisque le seul remède à tous les maux est l’oubli qu’amène le temps, j’ai besoin, sans doute, d’attendre de lui mon secours. Mais il me sera bien difficile de séparer la douleur causée par cette séparation de la mémoire ^d’une personne que tant que je vivrai je dois respecter et honorer. Je croirais assez qu’un voyage serait propre à me dérober la vue de tant d’objets qui nécessairement renouvellent mon chagrin, car elle seule remplit encore ma maison vide désormais; elle seule repose près de moi sur ma couche abandonnée, tandis que les spectacles nouveaux qui dans un voyage s’offrent à nos regards occupent l’imagination et ne fournissent pas matière à ces regrets sans cesse ravivés. Mais j’aurai beau voyager, c’est moi-même que j’emporterai partout avec moi... »

Avec son naturel parfait et sa simplicité, i’émotion sincère de cette lettre nous montre assez le vide que la mort d’Isabelle avait fait au foyer de Rubens. Le travail seul pouvait le sortir de lui-même et apporter quelque diversion à sa douleur. Obligé de tenir ses engagements vis-à-vis du clergé de Notre-Dame, il avait bien pu, presque au lendemain de son deuil, surmonter sa peine et terminer V Assomption du maître-autei de cette église. Sans doute ses amis qui sentaient pour lui l’utilité d’une pareille tâche et les membres du chapitre désireux de voir le chœur de la cathédrale rendu au service du culte, l’avaient également pressé en cette occasion. L’artiste avait cédé à leurs prières et, à la fin de septembre 1626, le tableau était achevé, brillant et vraiment digne de lui, mais portant, malgré tout, quelques traces d’effort. Pour entreprendre d’autres ouvrages il lui aurait fallu plus de liberté d’esprit qu’il n’en avait à ce moment. Exigeant comme il l’était pour lui-même, il se trouvait incapable

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