ŒUVRES DE VAN NOORT
relatives à la personne de l’artiste, Fromentin a tracé de lui, en
quelques mots, un portrait saisissant, mais de pure fantaisie (i). « Van Noort était du peuple, écrit-il ; il en avait la brutalité, on dit le goût du vin, le verbe haut, le langage grossier mais franc, la sincérité malapprise et choquante, tout en un mot, moins la bonne humeur. Étranger au monde comme aux académies, et pas plus policé dans un sens que dans l’autre, mais absolument peintre par les qualités imaginatives, par l’œil et par la main, rapide, alerte, d’un aplomb que rien ne gênait, il avait deux motifs pour beaucoup oser : il se savait capable de tout faire sans le secours de personne et n’avait aucun scrupule à l’égard de ce qu’il ignorait. » Parlant ensuite de son talent d’après le tableau d’Anvers, le seul qu’il connaisse et qu’il juge « très caractéristique », l’auteur des Maîtres d'autrefois définit sa facture avec la justesse et le bonheur d’expression qui lui sont propres et il en déduit tout naturellement l’action qu’un tel peintre a dû exercer sur Rubens.
Là où Fromentin affirme, M. A. -J. Wauters, dans son excellente Histoire de la Peinture flamande (2) croit prudent de s’abstenir, etM. Max Rooses abordant, à son tour, cette question délicate, après avoir exposé l’ensemble d’informations exactes qu’il a su recueillir sur l’artiste, objecte que, dans un pareil débat, on n’a peut-être pas tenu un compte suffisant de la longue vie de van Noort qui, sur le tard, a bien pu être influencé par ses deux illustres élèves, Jordaens et Rubens, l’histoire de l’art offrant plus d’un exemple de ces influences à rebours, qui du disciple remontent au maître. Dans cette hypothèse, le tableau de l’église Saint-Jacques, comme celui du Musée de Lille, seraient bien de van Noort ; mais, au lieu de conduire à Jordaens, ces œuvres auraient été inspirées par lui. La chose est assurément possible. Il est cependant difficile de répondre à plusieurs des objections qui, d’elles-mêmes, se présentent à l’esprit. Comment, dans ce cas, les dessins de i63o comparés à ceux de 1608 ne manifestent-ils pas le même progrès que les tableaux ? Et si van Noort a pu peindre le Saint-Pierre d’Anvers et le Christ de Lille, comment n’a-t-il pas produit plus d’œuvres de cette valeur ? Comment, entre sa première manière, à la fois timide et fruste, et cette autre facture singulièrement plus habile et plus large, ne peut-on citer aucun ouvrage in-
(1) Les Maîtres d'autrefois, p. 35.
(2) Quantin; i vol. in-12, p. 196.