CHAPITRE II
termédiaire qui serve de transition ? Ces divers points restant indécis, il nous paraît prudent d’observer la même réserve que M. Wauters et de suspendre, ainsi qu’il l’a fait, des conclusions qui, dans l’état actuel de nos connaissances, ne nous semblent pas suffisamment justifiées.
Nous ignorons les motifs qui décidèrent Rubens à quitter l’atelier de Van Noort pour entrer dans celui du dernier maître dont il reçut les
leçons. Octave van Veen, qui, conformément à l’usage d’alors, avait latinisé son nom en celui d’Otto Vœnius. Mais van Veen, outre qu’il était en relations avec Verhaecht dont il a peint le portrait, jouissait à ce moment d’une très grande réputation. A l’inverse de van Noort, son talent et sa vie nous sont également bien connus, et nous emprunterons à M. Van Lerius (i) la plupart des renseignements qui concernent sa biographie. Né à Leyde en i588, van Veen descendait d’un fils naturel de Jean III, duc de Brabant, et plus tard son fils aîné prit grand soin de faire vérifier et constater cette généalogie. Le père d’Octave, Corneille van Veen, juriste distingué, avait dû, à raison des sentiments de fidélité qu’il conservait à Philippe 11, quitter sa patrie, où ses biens furent confisqués. Les arts, comme les lettres, étaient très en honneur dans sa famille, et, après avoir reçu une instruction soignée, son fils, poussé par une vocation irrésistible vers la peinture, avait d’abord été l’élève d’Isaac Claesz van Swanenburch. Puis, son père s’étant fixé à Liège, Octave avait été encouragé
(i) Catalogue du Musée d'Anvers.
OCTAVE VAN VEEN.
dans ses premiers essais par le secrétaire du cardinal, prince évêque de cette ville, Dominique Lampsonius, qui, avant de réunir sur les principaux artistes du Nord des informations qu’il communiquait ensuite à Vasari, s’était lui-même adonné à la peinture.
C’est probablement sur ses conseils que le jeune homme se décidait à partir eu iSyS pour l’Italie, un séjour au delà des monts étant alors considéré comme le complément nécessaire de toute éducation artistique. Après avoir reçu les leçons de Federigo Zucchero, van Veen, de retour dans sa patrie, entrait comme page au service du duc Jean de Bavière, successeur de l’évêque de Liège, et il lui inspiraitbientôt assez de confiance pour que celui-ci le chargeât d’une mission près de l’empereur Rodolphe II. Au mois d’août i5g3, nous
trouvons Octave installé à Anvers, où il épousait, probablement l’année suivante, une jeune fille issue d’une famille noble de cette ville, Anna Loots, dont il eut huit enfants, deux fils et six filles. Gertrude, la seconde, née en juin 1602, devait aussi s’adonner à la peinture, car elle est l’auteur d’un portrait de son père qui appartient aujourd’hui au Musée de Bruxelles. Dans ce portrait, ainsi que dans celui que van Veen nous a laissé de lui-même, il nous apparaît comme un homme élégant et de bonne tournure.