CHAPITRE XV
appréciait fort la capacité et le dévouement de Rubens, répondait très judicieusement à son neveu que « Gerbier aussi était peintre et que le duc de Buckingham, en l’envoyant auprès d’elle, l’avait cependant accrédité par une lettre écrite de sa main, en le chargeant de s’aboucher avec Rubens ; qu’il importait peu, au surplus, que les négociations fussent entamées par tel ou tel; car s’il y avait lieu de pousser les choses plus avant, il était clair que ce soin serait remis à des personnages plus autorisés. Elle se conformerait, du reste, aux ordres du roi et chercherait autant que possible à continuer les négociations, mais sans rien conclure (22 juillet 1627).
Rubens avait-il connu les préventions que son ingérence en cette affaire excitait à la cour d’Espagne? en tout cas, il les avait certainement pressenties, car, peu de temps avant que Philippe IV exprimât à l’Infante son mécontentement, il tenait à justifier l’efficacité de son intervention afin d’en assurer le maintien. Deux mois avant, en effet, le 19 mai 1627, il écrivait secrètement à Gerbier de tâcher, dans le plus grand mystère, d’obtenir de Buckingham que celui-ci réclamât comme très utile la prolongation de ses bons offices, mais bien entendu sans souffler mot de la démarche qu’il faisait et comme si c’était de la part du duc l’expression spontanée de son désir. Pour plus de sûreté, Rubens, revenant à'ia charge, priait en post-scriptum Gerbier « de brûler sa lettre aussitôt qu’il s’en serait servi, car elle le pourrait ruiner auprès de ses maîtres, encore qu’elle ne contînt aucun mal ; pour le moins, elle gâterait son crédit auprès d’eux et le rendrait inutile pour l’avenir ». Les choses ayant tourné à son gré, il avait été convenu que le retour de Gerbier à Bruxelles pouvant éveiller des soupçons, Rubens irait le retrouver en Hollande où, dès le mois de juin, l’agent de Buckingham s’était rendu en même temps que lord Carleton, car ce dernier, après avoir un moment quitté la carrière diplomatique, venait d’être chargé de plusieurs missions, d’abord en France en 1626, et plus récemment auprès des États des Provinces-Unies. C’est grâce à leur entremise à tous deux qu’un passe-port fut envoyé à Rubens, en alléguant que sa présence en Hollande était nécessitée par les arrangements qu’il avait à prendre avec Gerbier au sujet de la cession de ses collections au duc de Buckingham, ce qui d’ailleurs était en partie vrai. Après divers pourparlers ayant pour objet le choix de la ville où Rubens et Gerbier pourraient se rencontrer, il fut convenu que cette rencontre aurait lieu à Delft, à Amsterdam ou à Utrecht.