CHAPITRE XV
encore cet ouvrage (i ), un charmant petit panneau, entièrement de la main de Rubens, qui rappelle le Portrait de Longueval de la Galerie de l’Ermitage exécuté quelques années avant dans des conditions analogues, en vue de la gravure de Vorsterman. C’est une grisaille singulièrement habile dans laquelle les accessoires symboliques destinés à célébrer la gloire du ministre espagnol ont été complaisamment groupés autour d’un médaillon central et traités avec un soin minutieux. Quant au portrait placé dans ce médaillon, c’est une tête quelconque, brossée d’une façon très expéditive et n’offrant aucune ressemblance avec les traits d’Olivarès .Ainsi que l’indique l’inscription de la gravure de Pontius: Ex archety^po Vela^que-ÿ, P. P. Rubenius ornavit et dedicavit, cette tête y a été remplacée par la reproduction d’un portrait peint et dessiné par Velâzquez pour servir de modèle au graveur (2), et c’est probablement en vue d’obtenir l’envoi de ce portrait qu’une correspondance s’était établie entre les deu.x artistes, ainsi que nous l’apprend Pacheco. Des vers emphatiques composés par Gevaert pour le cartouche mis au bas de la planche de Pontius et dans lesquels le poète vante à la fois le savoir et les vertus du comte-duc, ne laissent aucun doute sur le désir qu’avait Rubens d’être agréable à ce personnage avec lequel il allait bientôt entrer en relations.
Tout occupé qu’il fût par les négociations auxquelles il venait de prendre une part aussi active, le maître ne cessait pas de consacrer à son art tous les instants qu’il pouvait dérober à la politique. C’est à cette époque, en effet, qu’il convient de rapporter l’exécution d’une suite importante de cartons faits pour des tapisseries que l’Infante Isabelle voulait offrir au couvent des Dames royales religieuses déchaussées de Madrid. .Affiliée, après la mort de son époux, à l’ordre des Clarisses dont jusqu’à la fin de sa vie elle porta dès lors le costume, la princesse qui professait une dévotion particulière pour le Saint-Sacrement, avait, sans doute, indiqué elle-même, comme programme à son peintre, la glorification du dogme de l’Eucharistie. Deux notes contenues dans un manuscrit de la collection Chiffiet, à la Bibliothèque de Besançon (3), nous apprennent
1 La vente de la collection Kums a eu lieu au mois de mai i8q8.
2 Le panneau de la collection Kums n’est pas daté, mais il a été peint certainement avant le départ de Rubens pour l’Espagne ; autrement ce dernier, au lieu de recourir à l’aide de son confrère, aurait pu lui-méme peindre ce portrait à Madrid, d’après nature. Une copiedela gravure de Rontius par .Mérian se trouve d’ailleurs en tête d’une édition de Pétrone dédiée à Olivarès et publiée à Francfort dès 1629.
(3) V. .\ug. Castan : t.es origines et la date du Saint Ildefonse de Rubens, Besançon, 1884.