‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 349 sur 553 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Louvre, ces grandes toiles, d’une facture facile, mais un peu grosse, dénotent une large intervention des élèves de Rubens, et bien qu’elles témoignent d’un sens décoratif très remarquable, elles choquent par le manque absolu de style de certaines figures. En revanche, plusieurs des petites esquisses faites pour ces cartons et qui appartiennent au Musée du Prado, sont entièrement de la main du maître et finies par lui avec le plus grand soin, afin de laisser le moins de latitude possible à l’interprétation de ses collaborateurs, chargés de les grandir. L’ordonnance générale et même quelques détails de ces tableaux, par exemple l’arrangement des cartouches, rappellent, d’une manière positive, plusieurs des esquisses de la galerie d’Henri IV à laquelle Rubens travaillait aussi à ce moment. Les analogies entre le Triomphe d'Henri IV des Ufji\i de Florence et le Triomphe de l'Eucharistie sur l'Ignorance sont particulièrement évidentes : même disposition des chars et des attelages, mêmes chevaux frémissants, escortés par des figures presque semblables. Dans le dernier de ces ouvrages, la composition, certainement trop encombrée de personnages, de guirlandes et d’accessoires de toute sorte, est pleine de mouvement et de pittoresque. Mais le Triomphe de l'Eucharistie sur l'Hérésie et surtout le Triomphe de l' Eucharistie sur l'Idolâtrie montrent mieux encore toute la maîtrise de Rubens. Un souffle de lyrisme exalte ici la vaillante habileté de son pinceau, et jamais il n’a manifesté avec plus d’ampleur cette joie suprême de l’artiste heureux de réaliser, en de saisissantes images, les visions de son génie.

En même temps que cet important travail, Rubens avait dû exécuter, pour le maître-autel de l’église des Augustins d’Anvers, un grand tableau représentant la Vierge entourée de Saints et de Saintes, et M. Jules GuilTrey, dans sa consciencieuse étude sur van Dyck, nous appre.id que cette commande, faite en 1628 «au très illustre Seigneur P. -P. Rubens », lui avait été payée 3 000 florins (i ). La composition étagée en hauteur est une réminiscence des tableaux analogues de l’école vénitienne que Rubens avait pu voir pendant son séjour en Italie, notamment la Vierge et l’Enfant Jésus entourés de Saints, un des chefs-d’œuvre de Paul Véronèse à l’Académie des Beaux-Arts de Venise. Mais, en voulant grouper autour du

(1) Van Dyck avait reçu en même temps la commande du Saint Augustin en extase, qui se trouve également dans cette église et qui lui était payé (x)0 fl. J. Giiiffrey : Antoine vanTOyck; l’aris, p. q|.

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