CHAPITRE II
De fait, il était à ce moment devenu un personnage, et Alexandre Farnèse l’avait attaché à sa cour en qualité d’ingénieur militaire, ce qui atteste la multiplicité de ses aptitudes. En iSgq, il était admis franc-maître à la Gilde de Saint-Luc, dont il exerçait la charge de doyen en 1603-1604. Comme il avait fait le voyage d’Italie, il s’était aussi, en i6o3, affilié à la confrérie des Romanistes, fondée à la Cathédrale en 1672, et il y remplit également les fonctions de doyen en 1606. Son art ne l’absorbait pas tellement qu’il eût renoncé au culte des lettres. Il faisait des vers latins et, connaissant les œuvres des écrivains de l’antiquité, il dessinait des illustrations pour des recueils de sentences morales, extraites de Sénèque, de Plaute, de Juvénai, de Valère Maxime, etc. Il composait aussi des Emblèmes pour les poésies d’Horace, avec des allégories laborieuses et subtiles, faites pour plaire aux raffinés de ce temps, véritables rébus, heureusement accompagnés de légendes sans lesquelles il serait aujourd’hui impossible d’en découvrir l’explication. Philosophant sur son art, il avait rédigé un Traité de la Peinture dont le manuscrit ne nous a pas été conservé. A l’occasion de l’entrée solennelle de l’archiduc Ernest à Anvers, le 4 juin 1.594 et quelques années après, le 5 septembre i5gg, lors de la réception de l’archiduc Albert et de l’archiduchesse Isabelle, il avait été chargé de la décoration de cette ville et de la préparation des peintures décoratives, des arcs de triomphe, chars et navires allégoriques exécutés à ce propos. Nommé plus tard peintre de la cour, il jouit sans partage de cet honneur, jusqu’au moment où Rubens obtint le même titre, à son retour d’Italie en i6og. A partir de ce moment, il devait être, on le conçoit, fort éclipsé par son illustre élève, et c’est probablement comme compensation à cet amoindrissement dans sa situation qu’en 1620 il était appelé à diriger la Monnaie, de Bruxelles, fonctions dont la survivance fut accordée à son fils Ernest. Outre les commandes de portraits et de tableaux qui lui étaient faites par ses souverains, il en recevait aussi d’assez importantes pour les églises d’AIost, de Saint-Bavon à Gand ; pour celles de Saint-André, de Saint-Jacques et pour la cathédrale à Anvers. Dans cette ville même, la Confrérie des Merciers l’avait chargé de peindre quatre panneaux pour le local de ses réunions situé sur la Grande Place. Aussi van Veen avait-il acquis une grande aisance, et il habitait, dans la rue qui porte aujourd’hui son nom, une belle maison et plus tard, à ce qu’on croit, un hôtel situé près du