CHAPITRE XV
ces lettres (i), publiée par le P. Goullu, Rubens ne voudrait cependant pas qu’on accablât Balzac car, malgré ses exagérations et sa vanité, il ne peut s’empêcher de reconnaître parfois chez lui « le sel de ses plaisanteries, la verve de ses polémiques, la concision de ses sentences et la gravité de sa morale, bien que ces qualités soient gâtées chez lui par le mauvais assaisonnement de sa présomption », Mais, plus encore que toutes ces lectures, ce qui a trait â l’archéologie lui tient au cœur. Dans une lettre à Peiresc (19 mai 1628), il lui fait part de ses commentaires relativement au sujet de la peinture antique trouvée dans les jardins du mont Esquilin et connue sous le nom des Noces A Idobr andines, à la découverte de laquelle il avait assisté lui-même à Rome en 1606. Bien que plus de vingt années se soient écoulées depuis lors, Rubens en a conservé un souvenir assez fidèle pour en tracer de mémoire une description.
A d’autres points de vue encore, les lettres de Rubens nous fournissent sur sa façon de penser, sur ses croyances mêmes, de précieuses indications. Si dans tout le cours de sa vie, il n’a pas cessé de se montrer sincèrement religieux et pratiquant, en revanche son esprit sensé répugne à toutes les superstitions. Il ne saurait, par exemple, admettre les prétendus miracles qui, en ces temps troublés, étaient accueillis par la foule a\ec une complaisante crédulité. A propos d’un soi-disant prodige qui s’était passé aux environs de Harlem et qui causait une grande émotion dans toute la contrée, Rubens, désireux de tenir Peiresc au courant de tous les faits notables, lui envoie une gravure où ce prodige est représenté, « mais il pense bien qu’il n’y a rien là qui soit digne de l’occuper ». De même, bien qu’il soit bienveillant de sa nature et lié par des relations très affectueuses avec un grand nombre d’ecclésiastiques appartenant à divers ordres, il ne se prive pas à l’occasion, de les juger de la manière la plus impartiale lorsqu’il trouve leurs doctrines dangereuses ou leurs actes répréhensibles.
Au cours de cette longue correspondance la modestie de l’artiste ne se dément pas un seul instant. Non seulement il ne cherche jamais à se faire valoir; mais il ne parle de lui-même que lorsqu’on l’en prie et dans ce cas il le fait avec autant de simplicité que de mesure. Tout au plus peut-on relever çà et là, parmi les lettres de cette époque, quelques détails sur sa vie et sur sa santé qui déjà commençait à s’altérer. C’est ainsi que, dans une lettre très courte adressée à Dupuy le 6 mars 1628, il s’excuse
(1) Douze Livres de Lettres de T’hyllirque à Ariste, 1627 et 1628.