‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 354 sur 553 · DÉPART POUR L’ESPAGNE · texte numérisé non relu

DÉPART POUR L’ESPAGNE

de sa brièveté sur ce qu’il ne peut, dit-il « manier la plume. On vient de lui tirer du sang au bras droit et il s’en ressent un peu plus que d’habitude; mais son indisposition est cependant sans gravité ».

Poursuivie jusque-là assez régulièrement, cette correspondance « allait être interrompue pendant quelques mois, ainsi que Rubens en prévenait Dupuy à la date du 18 août 1628, l’occasion se présentant pour lui d’entreprendre un grand voyage,... mais il avisera son ami avant son départ, afin que celui-ci ne lui écrive pas en vain ». Cette allusion à un voyage prochain faite par Rubens visait son départ pour l’Espagne, qui était déjà résolu. Dès leur arrivée à Madrid, en effet, don Diego Messia et Spinola avaient mis Olivarès et le roi au courant de la situation, en insistant sur les avantages que l’Espagne pourrait tirer d’une alliance avec l’Angleterre, celle-ci, à raison des échecs récents qu’elle venait de subir dans sa lutte contre la France, étant disposée à offrir des conditions encore plus favorables. Voulant se renseigner exactement sur l’état des négociations entamées à ce sujet, Philippe IV chargeait l’Infante de demander à Rubens l’envoi à Madrid de toute la correspondance écrite ou chiffrée relative à cette affaire, pour en prendre connaissance avant d’arrêter sa décision. Informé du désir du roi, Rubens répondit qu’ayant seul suivi la marche et le détail des négociations, il s’offrait soit à donner à telle personne qui lui serait désignée tous les éclaircissements nécessaires, soit à porter luimême ces explications à Madrid, au cas où on le jugerait opportun. Cette dernière proposition était évidemment celle qui lui agréait le plus; mais, en homme prudent, sans prétendre influencer le roi d’Espagne, il avait de son mieux arrangé les choses pour l’incliner vers la solution qu’il préférait. La Junte, consultée par le roi, fut d’avis qu’il y aurait avantage à faire venir Rubens. Tout en adoptant cet avis, Philippe IV, sans doute pour ne pas avoir l’air d’attribuer plus d’importance qu’il ne fallait à « un personnage de si médiocre condition », ajoutait de sa propre main à la notification de la Junte « qu’il ne fallait en aucune manière peser sur Rubens en cette occasion et que c’était à lui de prendre tel parti qu’il croirait le plus conforme à ses intérêts ».

Laissé libre d’agir à sa guise et bien qu’il se rendît compte des dispositions peu favorables du roi à son égard, Rubens n’avait pas hésité. Outre l’idée de continuer à jouer son rôle dans les négociations pendantes, le soin de ses propres intérêts le poussait à se rapprocher du souverain

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