‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 355 sur 553 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

dispensateur des honneurs et des commandes. Confiant dans son étoile, il espérait bien modifier par sa présence les sentiments de Philippe IV et gagner ses bonnes grâces. Il devait d’ailleurs emporter avec lui huit tableaux destinés au roi, qu’il avait exécutés sur l’ordre de l’Infante Isabelle, et il était, de plus, chargé de peindre pour celle-ci les portraits des différents membres de la famille royale, notamment ceux du roi et de la reine qu’elle n’avait jamais vus. Le i3 août 1628, la princesse annonçait à son neveu le prochain départ de l’artiste qui non seulement lui remettrait tous les papiers concernant les pourparlers engagés avec l’Angleterre, mais qui donnerait en outre toutes les explications qu’on jugerait utiles. Suivant les instructions qu’il avait reçues, le voyage de Rubens s’était effectué en secret, avec toute la rapidité possible. Ainsi qu’il l’écrivait plus tard à Peiresc (de Madrid, 2 décembre 1628), il n’avait même pas, à son grand regret, pu voir à Paris aucun de ses amis, ni même les ministres des Flandres et d’Espagne en France. Il faisait cependant sur son chemin un petit détour et poussait jusqu’à La Rochelle, afin de se rendre compte des opérations du siège de cette ville, « ce qui lui avait paru un spectacle vraiment admirable, et il se réjouissait avec la France et toute la chrétienté d’une si glorieuse entreprise ».

Arrivé à Madrid vers le 10 septembre, Rubens s’était aussitôt abouché avec Olivarès, et ses fréquentes entrevues avec le comte-duc excitaient bien vite la curiosité des diplomates étrangers. Le nonce du pape et l’ambassadeur de Venise s’empressaient de transmettre à leurs gouvernements les suppositions auxquelles donnaient lieu ces conférences. Tous deux pressentaient avec raison qu’il s’agissait de la préparation d’un traité de paix entre l’Espagne et l’Angleterre ; mais ils se trompaient également tous deux en croyant que ces négociations avaient été nouées directement avec Buckingham en Angleterre, d’où Rubens, après un séjour à Londres, se serait rendu immédiatement à Madrid, en se contentant de toucher barres à Bruxelles.

La correspondance de l’artiste avec l’Infante ne nous a malheureusement pas été conservée. Elle nous aurait permis de connaître non seulement les divers incidents de sa mission, mais les détails qu’il a dû donner sur la Cour de Madrid à la gouvernante des Flandres, naturellament désireuse d’être renseignée à cet égard par un observateur aussi perspicace et aussi dévoué à sa personne. Les temps étaient bien changés

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