CHAPITRE XV
salle du Palais » (i) et si l’inventaire officiel de i636 confirme ce témoignage en nous donnant les noms des onze tableaux de Rubens placés dans cette salle {salon de los Espejos), un autre inventaire dressé en 1686 montre que déjà à cette date les tableaux avaient été pour la plupart remplacés par d’autres, ce qui tendrait à prouver qu’ils n’avaient pas été si goûtés par Philippe IV (2). Des onze peintures désignées à l’inventaire de i636, deux seulement sont demeurées à Madrid et les autres ont été probablement détruitesdans l’incendie du Palais Royal en 1734. Le tableau des Trois Nymphes portant wie corne d’abondance (3) — dans lequel les fruits, les oiseaux et le petit singe placé au premier plan nous paraissent de la main de Snvders — est de beaucoup le meilleur des deux qui nous ont été conservés. L’aimable simplicité de la composition est ici relevée par l’éclat du coloris et la jolie figure de la nymphe aux cheveux blonds, assise et vue de profil, est une très heureuse réminiscence d’une des femmes qui occupent la partie droite delà composition dans la. Félicité de la Régence de la galerie de Médicis. Quant à l’autre tableau, Achille parmi les filles de Lycomède, il convient de rappeler qu’il n’a pas été fait pour Philippe IV et que Rubens n’y a pris qu’une très faible part. Dès 1618, en effet, offrant l’acquisition de cet ouvrage à sir Dudley Carleton qui la refusait, l’artiste le disait « fait par le meilleur de ses élèves à ce moment — c’est par conséquent de van Dyck. qu’il voulait parler — et seulement retouché par lui ». A en juger par ces deux spécimens, les peintures destinées à Philippe IV étaient donc loin de compter parmi les chefsd’œuvre de Rubens. Peut-être en les choisissant pour le roi avait-il un peu trop cédé à l’impression que lui avait laissée son premier voyage relativement au peu de goût de la Cour d’Espagne en matière d’art, alors que Philippe III et le duc de Lerme prenaient pour des originaux les copies que le duc Vincent de Gonzague leur envoyait en cadeau. Mais si depuis lors l’Espagne, au point de vue de sa puissance et de son prestige extérieur, n’avait pas cessé de décliner, la culture de l’esprit et la culture même des arts s’y étaient, en revanche, singulièrement développées. A côté de poètes comme Calderon et Lopez de Vega, on y comptait des sculpteurs et
(1) A rie de ht ‘T’inlura, I, p. i32.
(2) C. Justi : Diego Vela^quei, I, p. 241.
(.1) Mus6e du Prado, n" iSfi."', sous le titre Cérès el Pomone. 11 en existe de très nombreuses copies.