‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 358 sur 553 · PORTRAITS PEINTS EN ESPAGNE · texte numérisé non relu

PORTRAITS PEINTS EN ESPAGNE

des peintres tels que Montanes, Alonso Cano, Zurbaran et Velâzquez. Philippe IV était lui-même un connaisseur très éclairé et il avait appris à dessiner et à peindre sous la direction d’un dominicain, le P. Maino. Dès l’arrivée de Rubens, il le faisait installer dans son palais où un atelier était disposé pour lui et il chargeait Velâzquez de lui fournir toutes les facilités désirables en vue de l’accès des collections royales ou de l’exercice de son art. Aussi le maître s’était-il aussitôt mis à l’œuvre. « Ici comme partout, écrivait-il à son ami Peiresc (2 décembre 1628), je m’occupe à peindre et j’ai déjà fait le portrait équestre de Sa Majesté qui m’en a témoigné son approbation et son contentement. Ce prince montre un goût extrême pour la peinture et, à mon avis, il a des qualités très remarquables. J’ai déjà pu l’apprécier personnellement, car, comme je suis logé dans son palais, il vient me voir presque chaque jour. J’ai aussi fait, fort à mon aise, les portraits de tous les membres de la famille royale qui ont posé complaisamment devant moi, pour m’acquitter de la commande que m’en avait faite ma maîtresse, la Sérénissime Infante. »

Pas plus que les peintures que Rubens avait apportées d’Anvers, les portraits dont il est ici question ne méritent d’être cités parmi ses meilleurs ouvrages. Le plus important de tous, il est vrai, le grand Portrait équestre de Philippe IV, qui fut alors célébré par les vers de Lopez de Vega et de F. deZarate, a disparu. Mentionné successivement dans les inventaires de i636, de 1686 et de 1700, il fut sans doute aussi détruit dans l’incendie de 1784 et il ne nous est plus connu que par la gravure assez médiocre qu’en a faite Cosmus Mogalli. Le roi y était représenté en pleine campagne, monté sur un cheval brun, couvert d’une armure et le bâton de commandement à la main. Deux petits anges volant dans le ciel soutenaient au-dessus de sa tête le globe terrestre et plusieurs figures allégoriques célébraient sa puissance et ses hautes qualités. L’œuvre toute d’apparat semblait destinée à faire pendant au beau Portrait équestre de Charles V par Titien, près duquel il devait être exposé dans le Salon des Glaces. Au dire de Pacheco, Rubens avait encore peint à Madrid quatre autres portraits de Philippe IV. L’un d’eux, celui qui est aujourd’hui à Gênes au Palais Durazzo, nous le montre en pied, debout près d’une terrasse ornée de colonnes de marbre blanc. La figure a grand air, et, suivant la remarque de M. Justi, la physionomie mâle, pleine de décision et le regard assuré respirent une autorité qu’on ne retrouve guère dans

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