‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 359 sur 553 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

une autre effigie du roi, qui appartient à la Pinacothèque de Munich. Ce portrait peint en buste donne, au contraire, l’impression d’une nature faible et d’un jeune homme d’humeur facile qui, « ayant secoué le joug des contraintes et l’espionnage qui pesaient sur lui alors qu’il n’était que prince roval, s’abandonne maintenant sans résistance à tous les plaisirs de l’esprit et des sens » ( i).

Avec ce portrait dont il existe une répétition à l’Ermitage et plusieurs copies dans des collections privées, la Pinacothèque en possède deux autres de mêmes dimensions, faits par Rubens à ce moment : l’un, celui de l’Infant don Ferdinand d’Espagne en costume de cardinal, une figure ronde et placide d’adolescent au teint vermeil, avec les grosses lèvres, bien caractéristiques de la race; l’autre celui d’Élisabeth de Bourbon, la première femme de Philippe IV, avec son air de distinction et de douceur, un peu triste et comme dépaysée au milieu de cette cour formaliste et revêche où sa bonne grâce la faisait pourtant aimer de tous. Ces trois derniers portraits, qui ont un peu souffert, étaient restés dans la maison de Rubens jusqu’à sa mort et ils sont portés à son inventaire. Leur facture aisée, mais assez sommaire et un peu molle, ne suffirait pas assurément à expliquer l’engouement que peu à peu Philippe IV avait conçu pour l’artiste et que les séductions de sa personne contribuèrent, sans doute, autant que son talent à lui assurer.

Tout en peignant, nous le savons, Rubens était capable de soutenir une conversation et les témoignages contemporains s’accordent pour nous apprendre qu’il était un causeur accompli. En sa compagnie, le roi oubliait pour un moment les ennuis de sa vie morose, à la fois très ^■ide et très occupée, dont les longues cérémonies religieuses, les réceptions officielles, la galanterie, la chasse ou l’équitation se disputaient les heures. Avec Rubens, les sujets d’entretien les plus divers pouvaient tour à tour être abordés. Il avait habité l’Italie, frayé avec les princes et les souverains; tout récemment encore, il venait de conquérir les bonnes grâces de la reine Marie de Médicis. Très au courant de la situation générale de l’Europe, il connaissait à fond celle des Flandres, et, fort de la confiance absolue qu’il inspirait à l’Infante Isabelle, il avait chance, en exposant les vues de la princesse, de faire prévaloir les idées qui lui

(i) C. Justi : Diego Velâzquez, I, p. 242.

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