‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 37 sur 553 · ŒUVRES DE VAN VEEN · texte numérisé non relu

ŒUVRES DE VAN VEEN

]\ïarché Saint-Jacques. Comblé de faveurs et entouré de l’estime publique, il mourait à Bruxelles le 6 mai 162g, à l’âge de soixante et onze ans.

La fécondité de l’artiste s’est donnée un trop libre cours dans de nombreuses illustrations assez banales, fort inférieures à ses tableaux, et les quarante planches que lui a inspirées V Histoire des sept Injants de Lara publiée en 1612 à Anvers ne lui font pas plus d’honneur que ses compositions dessinées la même année pour le livre de Tacite sur la Guerre des Romains et des Bataves. En dépit de la diversité des sujets, la monotonie de ces ouvrages tient à leur insignifiance absolue. Peut-être van Veen est-il plus déplaisant encore lorsque, s’abandonnant à son imagination, il oppose les uns aux autres des exemples de chasteté ou d’impudicité, ou quand, en regard du Mariage du Christ avec son Église, il nous montre le Mariage du Diable avec les Péchés Capitaux. Mais les contrastes violents de ces thèmes, évidemment conçus dans un but d’édification, et la subtilité alambiquée qu’y montre l’artiste étaient bien faits pour ravir les beaux esprits de ce temps. Ses premiers tableaux, ceux des églises Saint- Jacques et Saint-André à Anvers, par exemple, ne sont pas plus remarquables. On y sent un talent correct, appliqué, mais froid et sans vie. Leur style compassé est bien celui d’un artiste qui a vu l’Italie, étudié et goûté quelques-uns de ses maîtres, pas toujours les plus grands, et qui s’ingénie à réunir dans ses oeuvres les qualités souvent contradictoires que lui offraient les peintres qui l’ont charmé. L’hommage involontaire qu’il rend à ceux qu’il admire se traduit d’ailleurs par des réminiscences aussi fréquentes que peu déguisées. Ses compositions manquent donc d’originalité. La pureté invariable des ovales de ses têtes et la constante régularité de leurs traits confinent à la fadeur, et la pondération systématique de ses groupes, la raideur des attitudes de ses personnages et l’agencement trop méthodique des plis de leurs draperies ne vont pas sans quelque banalité. Mis en présence de la nature, il ne parvient à en tracer que des images indifférentes, et au moment où l’école flamande compte encore des portraitistes éminents, il étonne par la froideur et le manque absolu de caractère de ces productions en ce genre. Nous sommes bien loin avec lui de la force de pénétration et de la concision éloquente avec lesquelles un Antonio Moro fait revivre sous nos yeux les figures saisissantes d’un duc d’Albe ou d’une Marie Tudor. Chargé de peindre l’effigie d’Alexandre Farnèse, il semble que van Veen se défie lui-même

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