‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 364 sur 553 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

la suite de ses entretiens avec son illustre confrère, que le maître espagnol arrêta d’une manière plus positive dans son esprit, le projet qu’il caressait depuis longtemps de parcourir l’Italie. Rubens lui-même, du reste, nourrissait aussi l’espoir, en retournant en Flandre, de revoir cette Italie qu’il aimait tant et où il comptait de si précieuses relations. L’Infante l’v avait autorisé, et, en se détournant un peu de sa route, il avait l’intention de visiter à Aix son cher Peiresc qui se réjouissait fort de le recevoir dans sa maison, un vrai musée « où il avait réuni toutes les merveilles du monde ». Avec quel plaisir il aurait retrouvé près de lui ces bonnes et franches conversations sur les études si variées qui leur tenaient au cœur, sur l’archéologie notamment, car, ainsi qu’il le disait à son ami (i), « empêché peut-être par l’excès de ses occupations, il n’avait pu jusquelà rencontrer en Espagne aucun antiquaire, ni voir aucune médaille ou pierre gravée quelconque; il allait cependant se renseigner avec grand soin à cet égard et il l’aviserait du résultat de ses recherches, mais en

craignant bien que ce ne fût là un soin inutile» Peu de temps après

(29 décembre 1628), aux approches du renouvellement de l’année, à ce moment que d’ordinaire il passait à Anvers avec ses fils et ses proches, sentant plus vivement encore la nostalgie de son foyer, il écrivait à Gevaert une lettre touchante, où, dans les termes les plus affectueux, il exhalait tous ses regrets d’être ainsi éloigné de lui et des siens. Gevaert était pour lui un ami sûr, depuis longtemps éprouvé, et un peu avant de le quitter, voulant lui laisser un gage de son fidèle attachement, il avait fait de lui le beau portrait qui est aujourd’hui au Musée d’Anvers, une tête fine et distinguée, au large front, au teint pâle, aux traits élégants. La plume à la main, le secrétaire de la ville d’Anvers est assis devant sa table de travail sur laquelle est posé le buste de Marc Aurèle. Gevaert s’occupait, en effet, à cette époque, d’un commentaire sur les écrits de l’Empereur philosophe, et il n’avait pas manqué de recommander à Rubens de s’enquérir des éditions nouvelles de ces écrits qui auraient été publiées en Espagne. Au début de sa lettre, une des rares qu’il ait écrites en flamand, l’artiste s’excuse de ne pas répondre en latin à la missive que son compatriote lui avait adressée en cette langue. « Mais il ne méritait pas l’honneur que celui-ci lui a fait et il s’est tellement rouillé

(1) Lettre à Peiresc; de Madrid. 2 décembre 1628.

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