‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 365 sur 553 · LETTRE A GEVAERT · texte numérisé non relu

LETTRE A GEVAERT

dans toutes les nobles études qu’il aurait à demander grâce pour les solécismes qu’il ne manquerait pas de commettre. II le supplie donc d’épargner à son âge un exercice réservé à la jeunesse et auquel il était autrefois rompu. » Malgré tout, il entremêle au flamand de sa lettre d’assez longs passages d’un latin très correct. Il aurait bien voulu pouvoir collationner pour son ami les textes des diverses éditions des Dou\e Livres de Marc Aurèle; « on lui affirme avoir vu dans la célèbre Bibliothèque de Saint-Laurent (à l’Escurial) deux manuscrits portant ce titre; mais, d’après ce qui lui a été dit de leur apparence par un homme fort peu grec en ces affaires, il croit qu’il ne s’agit là de rien de « bien neuf, ni de bien important, mais d’ouvrages déjà connus et répandus ». Sachant qu’il peut se confier en toute sûreté à Gevaert, Rubens s’explique avec lui très franchement sur la gravité de la situation politique en Espagne, où, à l’occasion des revers essuyés récemment de toutes parts, des plaintes et des blâmes éclatent contre le gouvernement. Avant de terminer cette lettre que l’état de sa santé le force d’abréger, il prie son ami de faire des vœux ardents pour son retour. Puis, dans un élan de tendresse, il lui recommande avec émotion son fils, son cher petit Albert. «J’aime de tout mon cœur cet enfant et je te supplie instamment, toi le favori des Muses et le meilleur des amis, de vouloir bien, de mon vivant ou apres ma mort, prendre soin de lui avec mon beau-père et mon beau-frère. » La satisfaction du désir exprimé par Rubens de se retrouver bientôt à Anvers allait encore être différée, et il devait également renoncer au plaisir qu’il s’était promis de revoir l’Italie et de repasser par la Provence pour y visiter Peiresc.

Saisi par la politique, le grand artiste se voyait, en effet, obligé de subordonner tous ses projets à ceux d’une cour toujours lente à se décider et dont les incertitudes étaient encore augmentées à ce moment par la gravité des résolutions qu’elle avait à prendre. Buckingham ayant été assassiné (28 août 1628) à Portsmouth, alors qu’il se disposait à s’embarquer pour La Rochelle, le roi d’Espagne pouvait croire que sa mort entraînerait un changement dans la politique extérieure de l’Angleterre. Mais celle-ci, épuisée par les dépenses énormes de ses flottes, venait de subir coup sur coup des défaites désastreuses dans la lutte qu’elle soutenait à la fois contre la France et contre l’Espagne. Ayant donc un intérêt extrême à traiter avec l’une ou avec l’autre, elle les faisait en même temps

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