‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 366 sur 553 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

pressentir toutes deux sur les conditions qui lui seraient proposées, avant de se décider pour le parti qui paraîtrait le plus avantageux. De leur côté, la France et l’Espagne n’étaient pas moins intéressées à la conclusion de la paix. Richelieu, devenu maître absolu de la direction des affaires, ne voyait plus aucun profit à poursuivre la guerre contre l’Angleterre, et, préoccupé surtout d’affaiblir la maison d’Autriche, il s’appliquait à réunir toutes ses forces pour l’écraser. Quant à l’Espagne dont la déchéance et la détresse financière s’accusaient de plus en plus, elle aurait trouvé un avantage évident à s’assurer sinon l’appui, du moins la neutralité de l’Angleterre dans la lutte déjà longue et toujours difficile qu’elle soutenait contre les Hollandais révoltés. D’autre part, l’hostilité déclarée entre Charles F'" et le Parlement avait pris avec les années une tournure plus violente, etdans ces conditions, surles conseils du secrétaire d’État, sir Francis Cottington et du grand trésorier, Richard Weston, favorables à une alliance avec l’Espagne, le roi d’Angleterre comprenait la nécessité de se débarrasser des complications extérieures.

Dès les premiers jours de 162g, l’arrivée à Madrid de l’abbé Scaglia, qui venait d’y être nommé ambassadeur extraordinaire du duc de Savoie, mettait la cour d’Espagne en demeure de se prononcer. Ce diplomate, en effet, ainsi qu’il l’avait fait peu de temps auparavant auprès de la Gouvernante des Flandres, — en repassant par Bruxelles à son retour de Londres, — pressait maintenant Olivarès de traiter avec l’Angleterre. Rubens, à raison de la connaissance parfaite de l’état des négociations engagées avec celle-ci, fut prié d’assister en tiers aux conférences de Scaglia et du comte-duc. Une lettre de Richard Weston, adressée à don Carlos Coloma, capitaine général du Cambrésis fij et transmise par lui à la princesse Isabelle qui la communiquait aussitôt à son neveu, vint à point pour triompher des dernières résistances du roi. Cette lettre annonçait qu’afin de témoigner de ses bonnes dispositions, Charles enverrait à Madrid un ambassadeur chargé de conclure si, de son côté, Philippe IV se décidait aussi à envoyer à Londres un diplomate ayant plein pouvoir à cet effet. En attendant, la venue d’un agent anglais, Endymion Porter, arrivé avec l’abbé Scaglia, confirmait ces ouvertures de Charles F^'. Il fallait se dépêcher de prendre parti à Madrid, si l’on ne voulait pas être

(i) Coloma avait 6té en 1622 ambassadeur de Philippe IV en Angleterre où il avait conservé de nombreuses relations.

Page 1