‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 374 sur 553 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

qui me paraissent au plus haut degré le propre d’un peuple riche, heureux de la paix profonde dont il jouit; mais aussi à raison de la quantité incroyable de tableaux excellents, de statues et d’inscriptions antiques que possède cette cour. Je ne vous parlerai pas ici des marbres d’Arundel, que le premier vous m’avez fait connaître, et je confesse n’avoir jamais rien vu de plus rare en fait d’antiquités que les traités entre Smyrne et Magnésie, avec les décrets de ces deux cités. J’ai grand regret que Selden, à qui nous devons cette publication, se soit détourné de ces nobles études pour se mêler à des dissensions politiques, occupation qui me paraît s’accorder si mal avec l’élévation de son esprit et l’étendue de son savoir, qu’il ne doit pas accuser la fortune quand, après avoir provoqué dans des troubles séditieux la colère d’un roi indigné, il a été jeté en prison avec d’autres membres du Parlement ».

Rubens, lorsqu’il parle ainsi, ne semble pas se douter de la situation intérieure de l’Angleterre, et cependant, peu de temps auparavant, frappé de l’insolence et de la légèreté de Buckingham, il prédisait avec une clairvoyance en quelque sorte prophétique, les terribles conséquences que la politique du favori de Charles P'' pouvait entraîner pour la royauté ellemême. Les événements avaient marché depuis lors, et John Selden, que Rubens connaissait surtout comme archéologue, avait été amené, comme jurisconsulte et membre du parlement, à protester contre les empiètements de la couronne en s’opposant à une levée d’impôts qui lui semblait illégale. Incarcéré au commencement de 1629, il ne devait être rendu à la liberté qu’en 1684. C’était assurément un des érudits avec lesquels Rubens aurait eu le plus de plaisir à s’entretenir, car, l’année d’avant, Selden avait publié une traduction avec commentaires de toutes les inscriptions que possédait le comte d’Arundelfi). Rubens, qui avait peint pour ce dernier l’admirable portrait de famille de la Pinacothèque de Munich, était depuis longtempsen relations avec lui, et, à défaut de Selden, il pouvait trouver chez le comte, Franciscus Junius, un Allemand d’origine, qui, entré en 1620 au service de ce grand seigneur, était devenu son bibliothécaire. Junius s’occupait dès lors de recherches sur la peinture des anciens qui étaient bien faites pour intéresser Rubens. Quelques années après, à la suite de la publication de son livre : De Picturâ veterum,

(1) Marmara Arundeliaiia; Londres, 162O, in-|°- Ces marbres sont aussi connus sous le nom de Marbres d' Oxford.

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