PROLONGATION DE LA MISSION EN ANGLETERRE
diculairement au-dessus des objets, les grandit démesurément, ou cet anneau de verre, qui est censé réaliser le mouvement perpétuel et qui n’est, en somme, qu’une pure bagatelle. Quant à ses machines et à ses engins, construits en vue de secourir La Rochelle, ils n’ont produit aucun' effet. Je ne voudrais pas m’en lier à la rumeur publique pour déprécier un homme aussi illustre; mais j’aurais besoin pour le juger de le voir chez lui et, s’il est possible, de m’entretenir avec lui. Je ne me rappelle pas avoir vu une physionomie plus extravagante que la sienne, et il y a, dans cette homme si déguenillé et si grossièrement vêtu, je ne sais quoi d’étrange, qui serait de nature à le rendre ridicule (i). » Rubens, on le voit, ne se laisse pas prendre aux réputations, et, sans accepter les opinions toutes faites, il veut avoir avec les gens un commerce personnel avant de les juger.
Dans cette lettre aussi bien que dans celle qu’il a écrite la veille à Dupuy, l’artiste exprime le très vif désir de regagner bientôt Anvers « où sa présence serait si nécessaire ». L’accueil qu’il reçoit à Londres ne lui fait pas oublier son cher foyer. Il est pourtant très apprécié par le roi et par l’aristocratie anglaise : le comte Carlisle lepromène journellement dans son carrosse; les ministres et les plus grands personnages donnent pour lui des fêtes, et un jour qu’il s’était rendu avec Henri Brant, son beaufrère, à Cambridge pour y visiter l’Université, le Conseil lui a conféré la plus haute distinction dont il dispose en le nommant Magister in artibus. Mais ces passe-temps ou ces honneurs sont loin de compenser à ses yeux le désoeuvrement d’une existence pour laquelle de moins en moins il se sent fait. La nouvelle qu’il a reçue de la maladie de son fils ajoute encore à son impatience, et, le 1 5 décembre 162g, dans une lettre à son ami Gevaert, après l’avoir remercié de la sympathie affectueuse qu’il témoigne à ce jeune homme, il lui exprime tous ses regrets du surcroît de travail que l’absence de Brant lui apporte dans l’expédition des affaires municipales et le prie de patienter un peu jusqu’à leur retour à tous deux, qu’il souhaiterait le plus prochain possible. Afin de le hâter de son mieux, il insiste auprès d’Olivarès sur la nécessité de faire, en vue d’un accord, toutes les concessions qu’il croira convenables. « Je n’ai, dit-il, ni le
(1) Iluygens, qui eut avec Drebbel, comme avec Bacon, des relations très suivies en Angleterre, juge Drebbel moins sévèrement que ne fait Rubens, et en parlant de son invention du microscope, il s’étend d’une manière vraiment prophétique sur les conséquences que cette découverte doit apporter dans l’étude de la nature.
talent ni la qualité pour donner des conseils à Votre Excellence; mais je considère de quelle importance est cette paix qui me paraît le nœud de toutes les confédérations de l’Europe et dont la seule appréhension produit
MINERVE PROTÉGEANT LA PAIX CONTRE LA GUERRE. (Nalional Galler}-.)
aujourd’hui de si grands effets. » Malgré ces instances, le départ des plénipotentiaires devait de part et d’autre subir bien des retards par suite des questions d’étiquette soulevées à ce sujet par les deux cours, et aussi à cause de l’impossibilité où était don Carlos Coloma, l’ambassadeur désigné pour l’Espagne, d’abandonner les opérations militaires qu’il dirigeait dans les Pays-Bas. Cependant, après maint sursis, le départ de Coloma était enfin annoncé, et c’est avec une satisfaction évidente qu’à la date du 14 décembre, Rubens écrit à Olivarès que, conformément à la permission qu’il a reçue, il fait ses préparatifs pour retourner chez lui quelques jours après l’arrivée de Coloma, « car il ne saurait différer davantage sans un grand préjudice pour ses affaires domestiques, lesquelles vont se ruinant par cette longue absence de dix-huit mois et que sa présence seule pourra remettre en état ».
Ce retour si impatiemment attendu était de nouveau ajourné par l’arrivée tardive de Coloma, qui non seulement ne faisait son entrée à