CHAPITRE XVI
pendant sa mission, décidait qu’il recevrait le traitement de sa charge de secrétaire de son Conseil privé, même sans avoir à en exercer les fonctions. A raison des règles héraldiques en vigueur dans les Flandres, le titre de chevalier accordé par Charles à Rubens ne pouvant devenir effectif que moyennant une autorisation de la couronne, l’artiste avait sollicité cette permission « en invoquant le lustre et l’autorité plus grande qu’il en tirerait dans les occasions qui pourraient s’offrir de servir Sa Majesté ». Sur l’apostille favorable de l’Infante, la Junte de Madrid rappelait que « l’empereur Charles-Quint avait fait Titien chevalier de Saint-Jacques» et que les services importants rendus par le postulant, ainsi que la charge de secrétaire de S. M. empêcheraient que « l’octroi de cette grâce pût tirer à conséquence pour d’autres artistes » et elle concluait à l’adoption de cette requête qui fut, en effet, accueillie le 20 août i63i par Philippe IV. Aussi, à partir de ce jour, le peintre ajoutait aux armes anciennes de sa famille un canton de gueules au lion léopardé d’or, emprunté à l’écusson royal d’Angleterre et qui figure dans les armoiries gravées sur l’autel de la chapelle funéraire de Rubens à l’église Saint-Jacques.
Le 24 mai i63 1 , les frais des voyages diplomatiques faits en 1629 et i63o par le maître « allant et venant pour le service de S. M. » furent réglés par une ordonnance de l’Infante moyennant une somme de 12 374 livres de Flandre, somme très modérée quand on songe à la longueur et à la durée de ces voyages. Heureusement les intérêts de l’artiste n’avaient pas eu trop à souffrir de ces séjours à l’étranger, car, ainsi qu’il lui était arrivé avec le roi d’Espagne, il rapportait d’Angleterre la commande d’un travail très important à exécuter pour Charles la décoration du plafond de la Grande Salle des Banquets du palais de Whitehall, pour le prix de 3 000 livres sterling. Depuis longtemps, et déjà même sous le règne précédent, nous le savons, il avait été question de confier ce travail à Rubens ; mais, après bien des retards, l’affaire venait enfin d’aboutir. Le maître avait-il peint à Londres les esquisses de ce plafond pour les soumettre à Charles F'', où les avait-il faites dès son retour à Anvers ? Nous l’ignorons. En tout cas, ce n’est plus que d’après ces esquisses dont les collections du roi d’Angleterre possédaient à la fois un aspect d’ensemble et des études de détail, qu’il convient aujourd’hui d’apprécier cette décoration, car l’état actuel des originaux, détériorés par l’humidité autant que par les nombreuses restaurations qu’ils ont dû subir.