‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 380 sur 553 · DÉCORATION DE WHITEHALL · texte numérisé non relu

DÉCORATION DE WHITEHALL

est tout à fait désastreux. Les toiles détendues, boursouflées, ternes et noircies n’ont rien conservé de la fraîcheur et de l’éclat qui en faisaient le principal mérite et que seules les esquisses nous montrent maintenant.

La décoration totale formée de neuf compositions reliées entre elles par des ornements, est consacrée à célébrer les bienfaits du règne de Jacques L'" et son apothéose. Ce ne sont là, en réalité, que de pures allégories sans grand intérêt et qui pourraient tout aussi bien s’adapter à la glorification de n’importe quel souverain. Sans doute, l’ordonnance témoigne de l’habileté consommée de l’artiste par la facile ampleur des conceptions et par l’ingéniosité avec laquelle toutes ses figures plafonnantes sont groupées dans les encadrements rectilignes ou courbes qui les contiennent. Mais il faut bien reconnaître que ces personnifications de vices ou de vertus dont regorgeait déjà la galerie de Médicis, sont ici encore plus banales. Au sortir de l’inaction forcée et des longs ennuis auxquels le condamnait sa mission, il semble que Rubens se soit un peu rouillé ou qu’il n’ait pas fait grand effort pour renouveler de pareils symboles. Deshabitué de son art, il a trop complaisamment puisé dans ce fonds toujours disponible d’allégories peu définies, insuffisamment caractérisées par leurs attributs, aussi peu significatives que ces lieux communs de rhétorique dont les poètes officiels d’alors remplissaient à l’envi les panégyriques qu’ils prodiguaient aux souverains dans l’espoir de stimuler leur générosité. A peine çà et là, tranchant sur ces fades déclamations, peut-on citer quelques figures d’une invention plus personnelle, gracieuses comme ces génies qui folâtrent entre eux dans l’amusant pêle-mêle des deux petites frises, ou puissantes et grandioses comme cet Hercule terrassant l’Envie, dont Rubens faisait graver par G. Jegher le groupe pittoresque. En revanche, les esquisses maintenant dispersées dans plusieurs collections (chez le baron Oppenheim à Cologne, dans la galerie Lacaze au Louvre, à l’Académie de Vienne, à l’Ermitage) et surtout celle des Bienfaits du Gouvernement du roi, récemment acquise par le Musée de Bruxelles, ont bien l’entrain et la légèreté d’exécution, le mouvement, la belle allure et la plénitude d’éclat qui marquent la maturité de l’artiste.

Le 1 1 août 1684, les peintures étaient à peu près terminées; mais, connaissant la pénurie du trésor royal, Rubens n’avait pas mis grand empressement à les envoyer. La goutte l’empêchait d’ailleurs de remplir la promesse qu’il avait faite au roi d’aller lui-même les mettre en place.

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