CHAPITRE XVI
Au dire de Walpole (i), c’est aussi à Londres que Rubens a peint pour Charles !"■ le Saint Georges dans un Paysage, tableau très mouvementé et très pittoresque, qui fait aujourd’hui partie de la collection de Buckingham Palace, où il est placé dans des conditions si défavorables qu’il est à peu près impossible d’en apprécier le mérite. La couleur, du reste, a beaucoup noirci; mais autant qu’on en peut juger par certains personnages mieux en vue, comme la sainte Agnès et le cavalier portant l’étendard de saint Georges, la facture est d’une grande finesse. Par une attention délicate, l’artiste a donné au saint lui-même les traits du roi, tandis que la jeune sainte nous montre ceux de la reine Marie-Henriette, telle que l’a représentée van Dyck dans plusieurs de ses portraits. Enfin Walpole nous apprend que dans le large fleuve près duquel se passe la scène et dans les constructions dont il baigne le pied, il faut reconnaître la Tamise et le château de Richmond.
La National Gallery possède également, depuis i885, une esquisse provenant de la collection Hamilton et peinte par Rubens soit en Angleterre, soit peu de temps après son retour en Flandre, afin de servir de modèle pour un plateau d’aiguière en argent, fabriqué pour Charles par un habile orfèvre d’Anvers, Théodore Rogiers ou de Razier (2). Membre de la Gilde de Saint-Luc et de la Chambre de Rhétorique, la Giroflée, Rogiers non seulement avait fréquenté l’atelier de Rubens, mais il était devenu l’ami des peintres les plus éminents de son époque. L’esquisse de la Naissance de Vénus, exécutée pour lui en grisaille parle maître atteste une fois déplus la souplesse du talent de Rubens. Les lignes générales de la composition s’accordent ici très heureusement avec les formes qu’elles doivent épouser et avec les groupes qu’elle renferme; par leur fluidité même, ces lignes semblent répondre au caractère des scènes représentées et aux figures des divinités marines dont les ébats se déroulent en spirales gracieuses. Quant à l’aiguière elle-même, nous vovons par une planche assez médiocre de J. Neefs qu’elle était ornée sur sa panse d’un Jugement de Pàris dont Rubens devait plus tard utiliser la composition dans un tableau fait pour Philippe IV et qui se trouve aujourd’hui au Musée du Prado.
(1) Anecdotes of Painling; Londres, 1871, p. i63.
(2) Cette famille de Razier a produit plusieurs générations d’orfévres-ciseleurs, auxquels •M. P. Génard a consacré une excellente notice dans le Bulletin Rubens, I, p. 224-2^6.