CHAPITRE XVII
de candeur innocente. Est-ce avec intention, est-ce sans y penser que le peintre a piqué dans sa chevelure une branche d’oranger fleurie? L’exécution est admirable de délicatesse, d’aisance et de sûreté, et quant aux carnations dont les tons bleus du ciel rehaussent encore la fraîcheur, elles ont bien ce que de Piles appelait si justement « la virginité des teintes de Rubens,... de ces teintes qu’il employait d’une main libre, sans trop les agiter par le mélange, de peur que, venant à se corrompre, elles ne perdent trop de leur éclat et de la vérité qu’elles font paraître dès les premiers jours de l’ouvrage ». Sans insister, le maître excelle à donner ici à son travail la légèreté, la spontanéité et la grâce qui s’accordent si heureusement avec la jeunesse de son modèle.
Sans parler d’autres peintures des Musées de La Haye, d’Amsterdam et de la Pinacothèque représentant Hélène à mi-corps, un autre de ses portraits au Musée de l’Ermitage nous la montre également en pied, vue presque de face, et manifeste bien la souplesse du talent de Rubens et les partis très différents, toujours pittoresques, qu’il imagine pour renouveler un sujet qui lui était cher. La jeune femme cette fois est debout, les mains croisées, dans une pose très naturelle et comme dans le portrait de la Pinacothèque, elle tient dans une de ses mains un éventail de plumes. La figure qui se détache sur un fond de paysage très bas, est d’un jet très élégant et les tons bleuâtres de cet horizon, le ciel sombre, éclairci seulement à sa partie supérieure par une trouée d’azur, ainsi que le noir du costume, — sans autre ornement que les rubans lilas du corsage et des manches, — forment un merveilleux accompagnement aux notes vives et claires des carnations. C’est encore au printemps que Rubens a peint la jeune femme (0 et célébré sa beauté par ce nouveau chef-d’œuvre, d’un éclat et d’une conservation tout à fait remarquables, qu’égalent seulement deux autres grands portraits d’Hélène provenant de la collection de Blenheim dont nous parlerons plus loin et qui font aujourd’hui la royale parure des salons de M. le baron Alphonse de Rothschild.
Heureux de pouvoir ainsi se reprendre à son art en choisissant les tâches qui satisfaisaient le mieux son cœur, Rubens avait retrouvé tout son entrain. On sent en effet dans les œuvres de cette époque une force, une plénitude de vie et une joie de produire qui lui avaient fait défaut
(i) De jeunes pousses de fougères et une touffe de violettes s’épanouissent à ses pieds.