CHAPITRE XVII
réservé pour le sujet principal : la Vierge, entourée de quatre saintes, placées deux à deux à ses côtés, et offrant à Saint Ildefonse la chasuble qu’elle a brodée pour lui. Dans ce grand ouvrage, — depuis 1777, il a quitté la Belgique et il appartient aujourd’hui au Musée de Vienne, — le maître donne pleinement la mesure de ses meilleures qualités décoratives. Avec l’ampleur de conception qui est un des traits de son génie, il voit d’ensemble son oeuvre, et, par une habile progression, il réserve pour le centre son plus grand éclat. De chaque côté, sur les volets latéraux, agenouillés au pied de colonnes bleuâtres qui laissent entrevoir un ciel gris bleu, l’archiduc Albert, avec son patron, et la princesse Isabelle, avec sainte Élisabeth de Hongrie, sont revêtus des costumes les plus riches. Le rouge intense du velours jeté sur leur prie-dieu et continué par le rouge de la draperie tendue au-dessus de leurs têtes, forme comme un magnifique encadrement à toute la composition. Quant au panneau du milieu, — dont l’Ermitage possède une esquisse, très heureusement améliorée dans l’oeuvre définitive, — il nous montre les quatre saintes, qui assistent à la scène, enveloppées dans une pénombre chaude et légère, tandis que la Vierge et les trois petits anges voletant au-dessus de son trône doré resplendissent de la plus vive lumière. Certes, à regarder chacune de ces figures, on serait en droit d'v critiquer des proportions ou des types d’une élégance douteuse, des draperies chiffonnées un peu au hasard, des attitudes dépouvues de st\ le ; mais si réels que soient ces défauts, on n’y songe guère en présence de la belle unité et de l’imposant aspect de ce magnifique ouvrage. Vu de loin, cet aspect est très riche, très harmonieux, tout à fait en rapport avec la pompe des cérémonies du culte catholique, telles qu’elles étaient alors pratiquées dans les Flandres.
Les revers extérieurs des deux volets du triptyque exposés également au Musée de Vienne où on les a rapprochés l’un de l’autre, ne forment ainsi réunis qu’une seule composition : la Sainte Famille sous un pommier, qui par le sujet aussi bien que par la facture, diffère complètement du Saint Ildefonse. C’est une scène familière, véritable morceau de bravoure, enlevé avec un merveilleux entrain par l’artiste. Où que le regard se porte, il ne découvre que détails aimables et charmants dans leur simplicité rustique ; près de Saint Jean, son agneau, et au premier plan deux lapins qui picorent parmi de grands feuillages à côté d’une source qui s’épand en cascatelles. Les deux ménages semblent