‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 397 sur 553 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

traître qui va livrer Jésus se trouve ainsi rapproché du beau visage de Saint Jean, le disciple bien-aimé, tendrement appuyé sur l’épaule du Christ. La lueur incertaine des flambeaux qui éclairent ce dernier repas a permis à l’artiste de dissimuler dans l’ombre les détails qu’il jugeait insignifiants, de mettre en évidence les traits qui lui semblaient les plus expressifs et de conserver ainsi à l’ensemble l’apparence de mystère qui convenait si bien à un pareil sujet.

La disposition est moins heureuse dans une Sainte Thérèse intercédant pour les âmes du Purgatoire, également peinte à cette époque et destinée à l’église des Carmes déchaussés d’Anvers, où se trouvait aussi V Éducation de la Vierge, à laquelle elle est aujourd’hui réunie dans le Musée de cette ville. Agenouillée près du Christ debout devant elle. Sainte Thérèse l’implore en faveur des pécheurs qui, au nombre de quatre, sont livrés aux flammes du purgatoire. L’une des victimes, la Madeleine blonde et rebondie qui tend un bras suppliant vers un petit ange pour que son supplice soit abrégé, ne paraît pas, il est vrai, mériter une bien vive compassion, car, en dépit de ses yeux larmoyants, sa beauté opulente n’a pas encore pâti des flammes auxquelles elle est exposée. Quant à son voisin, nous avons peine à trouver chez lui une ressemblance quelconque avec van Dyck, ainsi que l’ont fait plusieurs critiques. Nous sommes, en revanche, entièrement d’accord avec M. Max Roosespour penser que dans cette œuvre Rubens a très largement usé de la collaboration d’un de ses élèves et qu’à raison des gris argentins et un peu froids qui lui étaient habituels, cet élève pourrait bien être Th. van Thulden. La répétition en petit de ce tableau fait partie de la collection du roi des Belges et nous paraît, au contraire, entièrement de la main de Rubens.

Avec les tâches nombreuses qui lui étaient confiées et que sa vie dès lors plus sédentaire lui permettait d’accepter, le maître, nous le voyons, avait dû recourir de nouveau à l’aide de ses collaborateurs. C’est à eux qu’il remettait le soin d’exécuter les cartons pour une suite de tapisseries de VHistoii'e d'Achille destinées à Charles 1". Quant aux huit esquisses peintes par lui à ce moment, et dans lesquelles on retrouve un certain nombre de figures qu’il avait déjà utilisées dans d’autres ouvrages (i), bien qu’elles manifestent ses qualités décoratives, on ne saurait les

(i) Ces esquisses sont mentionnées dans l’inventaire fait après la mort de Daniel Fourment, le père d’Hélène.

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