LA BATAILLE D'IVRY
Si intéressantes d’ailleurs que soient ces diverses esquisses, les deux tableaux des Uffizi ont à la fois une importance et une valeur d’art bien supérieures. La Bataille d'îvry n’est cependant, à vrai dire, qu’une grande ébauche dans laquelle Rubens s’est surtout préoccupé de la répartition des masses et des valeurs en se contentant de poser çà et là sur un fond de tons neutres très rapprochés les uns des autres quelques colorations amorties, des jaunes pâles et des rouges effacés. Mais l’ampleur magistrale avec laquelle le maître se meut sur cette vaste toile et le sens pittoresque dont il fait preuve dans la composition , montrent assez le profit qu’il a tiré de ses travaux antérieurs. On sait quel est, d’ordinaire, l’écueil de ces tableaux de bataille dont le mouvement, s’il n’est pas réglé, n’aboutit souvent qu’au chaos, et s’il est trop contenu ne laisse qu’une impression de froideur peu en rapport avec de pareils sujets. Tout en nous donnant partout l’idée d’une lutte violente et acharnée, Rubens a réservé pour le centre l’action décisive. Tandis qu’au ciel Bellone et la Victoire traversent les airs d’un vol rapide, les combattants se pressent de part et d’autre autour de leurs chefs respectifs, qui s’abordent menaçants. Mais à voir de quelle impulsion irrésistible Henri IV, suivi par ses soldats, affronte son ennemi, on sent que celui-ci ne pourra soutenir un pareil choc. Déjà, en effet, la débandade se met dans ses rangs et l’élan toujours plus impétueux des assaillants achève sa défaite.