‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 404 sur 553 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

pas à espérer qu’elle puisse se renouveler (i). En somme, toutes les cours sont sujettes à de grands changements, mais celle de France y est plus exposée qu’aucune autre. Il est bien difficile à distance de porter un jugement assuré sur de pareils événements; aussi me tairai-je plutôt que de censurer mal à propos. » Rubens avait bien compris qu’il n’avait aucune illusion à garder au sujet de l’achèvement de ce travail qui eût été certainement un de ses meilleurs ouvrages. Son bon sens lui montrait clairement que l’exil de la Reine et son éloignement des affaires étaient définitifs. Bien qu’il lui en coûtât de renoncer à une œuvre dont il sentait toute la beauté et dans laquelle, ainsi qu’il le disait à Peiresc, il croyait déjà « avoir progressé », il ne profère aucune plainte, et pour é\ iter toute récrimination, il se refuse même à qualifier les événements dont il est victime, de crainte de froisser son aimable correspondant.

Les faits, cependant, allaient bientôt se presser et ramener de nouveau Rubens dans le courant de la politique à laquelle il avait pensé se soustraire. Pendant que la Reine Mère était internée à Compiègne, Gaston d’Orléans, son fils, mêlé à toutes les intrigues nouées pour se débarrasser de Richelieu, s’était d’abord réfugié en Bourgogne, puis chez le duc de Lorraine, Charles IV, qui avait épousé sa querelle. A la suite de pourparlers engagés par ces deux princes pour intéresser à leur cause la gouvernante des Pays-Bas, le marquis d’Aytona, ambassadeur de Philippe IV à Bruxelles, avait été chargé par elle de s’aboucher avec leurs agents; mais, obligé de partir pour l’armée, il avait désigné Rubens pour le suppléer. Dans la pensée qu’il serait plus libre de ses mouvements, Gaston avait conseillé à sa mère de s’évader de Compiègne et il faisait à ce propos pressentir la princesse Isabelle sur l’accueil qui serait réservé à la fugitive si elle cherchait asile en Flandre. L’Infante s’efforçait de gagner du temps afin de prévenir Philippe IV et de connaître ses intentions, quand Marie de Médicis, sans attendre sa réponse, s’échappait du château de Compiègne dans la nuit du i8au 19 juilletiôSi.Lareine avait d’abord pensé â s’enfermer dans la place forte de La Chapelle que le gouverneur lui avait promis de remettre entre ses mains; mais, ayant appris en route qu’elle n’y serait pas en sûreté, elle s’était décidée à gagner la frontière, et, sans s’arrêter, elle avait fait d’une traite une course de plus de trente

U) C’est probablement à la fuite du château de Blois que Rubens fait ici allusion.

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