‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 406 sur 553 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Mons. Elle v était accueillie avec le cérémonial usité pour les souverains, et Isabelle, venue de Marimont pour la visiter, l’embrassait en lui témoi- «gnant les plus grands égards, puis l’emmenait de là, le i3 août suivant, à Bruxelles, où, après une réception magnifique ( i), elle la logeait pendant quelques jours dans le palais des ducs de Brabant, qui venait d’être complètement restauré. Mais la situation ne laissait pas d’être délicate, et, tout en comblant d’honneurs cette Majesté déchue, la Gouvernante entendait rester sur la réserve. Elle ne pouvait, en tout cas, prendre aucun engagement avant les instructions qu’elle attendait de Madrid. Dans les entretiens qu’il avait, en attendant, avec la Vieuville, avec les émissaires de Gaston et avec la Reine elle-même, Rubens cherchait à s’éclairer sur les projets de celle-ci et sur ceux de Gaston qui aurait bien voulu, comme elle, décider Philippe IV, sinon à prendre ouvertement parti contre Louis XIII, du moins à encourager leurs partisans restés en France. Dès le P'" août, l’artiste écrivait de Mons à Olivarès une très longue lettre dans laquelle il s’efforçait non seulement de lui exposer d’une manière précise la situation, mais de faire prévaloir le parti qu’il considérait comme le meilleur. Il explique d’abord que c’est « par pure obéissance, sur l’ordre exprès de l’Infante et du marquis d’Aytona,

qu’il s’occupe de cette affaire Si la Reine Mère est venue se jeter dans

les bras de S. A. c’est poussée par les violences du cardinal de Richelieu qui, sans égard à ce qu’il est sa créature et qu’elle l’a tiré de la boue, décoche contre elle les traits de son ingratitude du poste éminent où elle l’a placé ». Après un parallèle entre les maux que peut engendrer une conduite qui comme celle du cardinal n’est dictée que par l’intérêt personnel et l’utilité aussi bien que l’éclat que la monarchie espagnole tire du dévouement du comte-duc, Rubens se défend « de croire aux rapports des ennemis de Richelieu. Mais dans sa mission en .Angleterre, il a pu éprouver que, par sa perfidie, celui-ci s’est désormais interdit la capacité de pouvoir jamais duper personne, ce qui lui paraît la

(ij Les détails de cette réception sont contenus dans une relation du temps: Histoire curieuse de tout ce qui s'est passé à l'entrée de la Reine Mère dans les Pays-Bas par le S'' de la Serre. (Anvers, imprimerie plantinienne, in-fol. i632.) Bien que publiée un an apres, cetle relation donne bien l’idée du désarroi qu’avait jeté dans les esprits le spectacle de cette Reine proscrite par le ministre qui lui avait dù son élévation. Dans son préambule, l’auteur s’adressant à elle, avec le ton emphatique qui était de mode à cette époque, lui dit : « Vous avez été l’unique épouse d’Henry le Grand et vous êtes encore l’heureuse mère de Louis le Juste. » Il est difficile de mettre en moins de mots plus d’erreurs et de maladresses.

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