‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 408 sur 553 · CHAPITRE XVIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIT

désirer, si l’affaire réussissait, qu’il se fît enfin une bonne paix universelle aux dépens du cardinal qui entretient dans le monde entier de stériles agitations ». Il y a donc là un moment unique « pour laver la très généreuse nation espagnole d’un reproche qu’on lui impute bien à tort et qui repose sur l’opinion généralement invétérée qu’elle ne peut se résoudre à profiter promptement des occasions dès qu’elles se présentent; mais qu’en délibérant sans fin, elle envoie trop souvent post bellum auxilhim, ce qui ne s’accorde guère avec la célérité des résolutions qui est la vertu propre du comte-duc ».

Les extraits qu’à raison de son importance, nous avons cru devoirdonner de cette lettre contrastent, on le voit, avec la réserve habituelle de Rubens dans ses dépêches diplomatiques. Il se sentait cette fois en pleine communauté d’opinion avec le marquis d’Avtona qui l’avant-veille avait écrit de son côté à Olivarès dans les termes les plus pressants « qu’à son avis c’était là une occasion telle que le comte-duc n’en avait jamais eu de. pareille pour tirervengeance des injures reçues delà France, le roi notre seigneur, ayant pour lui non seulement des raisons suffisantes, mais la justice et le droit de délivrer sa belle-mère de l’oppression à laquelle elle était réduite par la violence du cardinal ». (Dépêche du 3o juillet.) Contre l’attente de Rubens, le marquis de Mirabel, ambassadeur d’Espagne à Paris, écri\ait aussi dans le même sens au ministre de Philippe IV. Mais, sans même parler de l’appui moral que lui donnait cette conformité de sentiments avec les représentants officiels de la cour d’Espagne à Bruxelles et à Paris, bien d’autres causes se réunissaient pour dicter à Rubens un pareil langage. L’affection qu’il avait pour Marie de Médicis, sa lovauté, l’idée qu’il se faisait de l’autorité, peut-être aussi, à son insu, les ressentiments personnels qu’il conservait contre Richelieu qui jamais ne l’avait apprécié à sa valeur, agissaient à la fois sur son esprit et lui faisaient désirer l’abaissement du cardinal qu’il considérait comme un fléau pour l’Europe et comme le sujet le plus ingrat vis-à-vis de la Reine Mère à laquelle il devait tout. C’est dans ces dispositions qu’il accueillait avec une facilité excessive les renseignements intéressés que .Monsieur lui transmettait sur le nombre des partisans qu’il comptait en France et sur l’importance des troupes que ceux-ci mettraient à son service, tandis que, cédant à ses préventions, il diminuait d’autant les ressources et le pouvoir qu’avait en main le cardinal.

POLITIQUE DE L’ESPAüNE VIS-A-VIS DE LA REINE. 467

Il est certain que si la cour de Madrid eût ajouté une foi entière aux allégations de Rubens et adopté sa façon de voir, il en serait résulté à ce moment de très grands embarras pour la France; mais, d’autre part, la

LE HÉROS VICTORIEUX EST ATTIRÉ VERS LA PAIX PAR MINERVE. (Collection de M. Miethke, à Vienne).

résolution à prendre était d’une gravité extrême pour l’Espagne. Philippe IV avait donné son entière approbation « aux démonstrations d’amitié avec lesquelles Marie de Médicis devait être reçue, servie et traitée dans ses États », mais il n’entendait pas sortir de la réserve la plus prudente. S’il se déclarait prêt à s’employer avec tout le zèle possible pour la Reine par la voie des négociations, il n’était aucunement disposé à prendre les armes pour soutenir sa cause. Son Conseil, saisi de la question à l’arrivée des dépêches d’Aytona et de Rubens, se prononçait à l’unanimité contre leurs propositions, et le comte-duc, après avoir rendu justice aux bonnes intentions de l’artiste, trouvait tout à fait inadmissibles ses ouvertures qu’il qualifiait assez dédaigneusement de verbiages italiens. Philippe transmit donc ses instructions à sa nièce, en insistant sur le peu de

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