CHAPITRE XVll
fond qu’il fallait faire des renseignements intéressés donnés par Monsieur et montrant, non sans raison, combien il serait peu sage d’irriter le roi de France par un concours prêté à un parti aussi peu organisé que celui du duc d’Orléans. Vis-à-vis de la reine, on pouvait, de concert avec les autres souverains de l’Europe, s’employer de son mieux à obtenir une réconciliation avec son fils; mais il fallait être très sobre de promesses en ce qui touchait une assistance plus effective.
Malgré le peu de succès de ses ouvertures en faveur d’une intervention armée, Rubens, qui avait suivi Marie de Médicis à Bruxelles, continuait à lui servir d’intermédiaire avec la Cour d’Espagne. C’est ainsi qu’il transmettait de sa part un projet d’accommodement entre elle et son fils qui, bien qu’approuvé par Olivarès, ne fut point soumis à Louis XIII, le marquis de Mirabel jugeant inutile une tentative à laquelle Richelieu se serait certainement opposé. Le rôle de Rubens, dans ces conditions, devenait de plus en plus effacé. Il devait se borner à renseigner exactement le comte-duc sur tous les actes de la Reine Mère qui, fidèle à son' esprit d’intrigue, ne se tenait pas pour battue et se tournait de tous côtés, cherchant qui intéresser à sa cause. Mais, en vertu des ordres qu’elle avait reçus, l’Infante s’appliquait à rendre vaines celles de ces démarches qu’elle jugeait compromettantes pour la cour d’Espagne. En apparence, elle continuait à lui rendre les plus grands honneurs, et, au commencement de septembre, elle l’avait accompagnée à Anvers où, par les soins du Magistrat, une réception magnifique lui avait été préparée. Arcs de triomphe, harangues officielles, représentation d’une tragédie au Collège des Jésuites, rien ne manquait à la fête. Le lo septembre, les deux princesses visitaient ensemble l’imprimerie plantinienne dont Baltazar Moretus, qui la dirigeait alors, leur fit les honneurs et un compliment rédigé et composé par lui, séance tenante, fut imprimé devant elles pour leur être remis.
Nul doute que Rubens, en sa qualité d’ami de Moretus, ne fût de la partie. Il de^■ait d’ailleurs recevoir lui-même dans sa somptueuse demeure, Marie de Médicis, et en narrateur fidèle, le sieur de la Serre, nous a, dans son stvle alambiqué, tracé le récit de cette visite : « La Reine eut la curiosité de voir toutes les belles et riches peintures qui sont dans la maison de .M. Rubens. C’est un homme dont l’industrie, quoique rare et mer- \eilleuse, est la moindre de ses qualités; son jugement d’état et son esprit et gouvernement l’élèvent si haut au-dessus de la condition qu’il professe