INFLUENCE DE VAN VEEN SUR RUBENS
van Noort a pu exercer sur son illustre élève, et, tout en lui accordant les qualités d’éducateur que justifient assez les noms de ses disciples, il convient de reconnaître qu’entre les œuvres de van Balen et celles de Jordaens, qui tous deux ont reçu ses leçons, il existe des différences assez notables pour qu’il soit difficile de préciser ce que chacun d’eux a pu apprendre de leur maître commun. Pour ce qui touche van Veen, au contraire, il est permis de penser que Rubens, déjà plus mûr et plus avancé dans son art, a dû subir l’ascendant d’un homme dont les enseignements s’offraient à lui avec la double autorité d’un talent très réel et d’une grande situation. Il était considéré comme VApelles des Flandres ; il avait vécu avec les grands ; il connaissait l’Italie dont il ne cessait pas, nous dit-on, de vanter les merveilles; son goût exercé, mais un peu subtil, se plaisait aux allégories ; il avait le sens de la décoration, l’amour des belles ordonnances et des grands sujets; c’étaient là autant de séductions pour une intelligence vive et ouverte comme celle de Rubens. Joignons à ces affinités esthétiques, grâce aux renseignements qui nous viennent des biographes les mieux informés, l’affection que van Veen avait pour son élève, dont — ainsi que nous l’apprend Philippe Rubens — « il avait fait son ami et à qui il communiquait de grand cœur tout ce qu’il savait, la science de la composition et la bonne répartition de la lumière ». Aussi, avant de se séparer de lui, cet élève était-il devenu son égal, et leurs œuvres présentaient de telles analogies qu’elles étaient souvent confondues entre elles.
On aimerait à retrouver quelques-unes de ces œuvres que Rubens peignit à cette époque. Malheureusement on ne pourrait en citer aucune qui puisse lui être attribuée avec quelque certitude. Plus d’une fois, nous le savons par les inventaires de sa famille, il avait pris sa mère pour modèle, désireux à la fois de lui consacrer les prémices de son talent et de conserver les traits de celle qui, avec tant de sollicitude, avait veillé sur son enfance. A la vente des peintures laissées par Rubens après sa mort, ces inventaires nous apprennent que son fils Albert avait racheté, au prix de 80 florins, les portraits de son grand-père et de sa grand’mère ; mais on n’a pas conservé la trace de ces deux tableaux. La Pinacothèque de Munich possède, il est vrai, le portrait d’une femme âgée qui a longtemps passé pour représenter Maria Pypelincx, une vénérable vieille au teint vermeil, dont on retrouve également les traits dans quel-