CHAPITRE XVIII
mède de Berlin et une Didon se donnant la mort qui est devenue depuis peu la propriété de M. C. de Beistegni, à Paris, nous sommes entièrement édifiés sur les particularités les plus intimes de sa conformation. Comme s’il sentait d’ailleurs le peu de convenance qu’il y aurait à divulguer des renseignements aussi précis, Rubens, ainsi qu’il l’avait fait pour la Pelisse, ne consentit jamais à se dessaisir de cette dernière toile que nous trouvons mentionnée dans l’inventaire dressé après sa mort. La composition en est assez étrange et Didon, avant de se percer le sein d’un coup d’épée, a pris soin d’installer dans le lit doré qui surmonte le bûcher, le buste du héros troyen cause de sa mort. Si le haut du corps de la jeune femme laisse fort à désirer au point de vue du style, les jambes cette fois sont d’un dessin plus simple et plus pur que d’habitude. Quand à l’expression de désespoir du visage, elle est bien celle qu’on pouvait attendre du minois de cette fillette anversoise, probablement assez peu au courant jusque-là des galantes infortunes de la reine de Carthage. Les émotions qu’Hélène a dû éprouver au récit d’une si lointaine aventure ne pouvaient être ni bien profondes, ni bien durables. 11 y paraît à ses yeux mouillés de larmes imaginaires et pitoyablement levés vers le ciel, ainsi qu’à cette pose de théâtre et à ce joli visage dont aussi bien que la Didon, V Andromède nous offre l’agréable spectacle. Chez cette dernière également, la douleur manque tout à fait de conviction. Ce corps potelé, ces chairs souples et nacrées, tous ces signes rassurants de la jeunesse et de la santé épanouie protestent contre l’inaction de l’orque qui, en présence de promesses si appétissantes, se serait certainement hâtée d’assouvir sa voracité, sans laisser à Persée le temps de secourir la belle captive. Au point de vue de l’éclat du coloris, les deux œuvres faites vers la même époque sont à peu près d’égale valeur. A force d’art, rien n’y rappelle la peinture. Les teintes fraîches et pures, doucement posées, se nuancent par d’imperceptibles passages dans des valeurs pareilles et donnent par le fin tissu des pâtes l’apparence de la réalité elle-même. Mais cette réalité a été rendue plus saisissante et comme exaltée par la chaude transparence des ombres et par ce merveilleux contraste des bleus légers du ciel ou des bleus savoureux de la mer qui rehaussent la blancheur de ces corps nus, étalés en pleine lumière.
Quand il a découvert une donnée qui convient â son talent, Rubens
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