SAVOIR ARCHÉOLOGIQUE DE RUBENS
ne saurait l’abandonner avant d’en avoir exprimé toutes les acceptions, épuisé toutes les splendeurs. Sous l’influence de sa passion pour Hélène, la glorification de la nudité féminine devait à ce moment lui inspirer une série de compositions très variées. Les légendes antiques lui fournissaient à ce propos une mine inépuisable de sujets déjà bien souvent traités par l’art, mais que l’originalité de ses conceptions allait renouveler. Il se sentait de plus en plus porté vers ces sujets par la liberté d’interprétation qu’ils autorisent et par les souvenirs qu’ils évoquaient en lui des œuvres des écrivains ou des artistes qui nous en ont transmis les poétiques représentations. En même temps qu’ils lui offraient l’occasion, assez rare à cette époque, de peindre des corps humains, ils lui permettaient de manifester la connaissance qu’il avait lui-même des monuments de l’antiquité classique. Dès sa jeunesse, pendant son séjour en Italie, il avait été initié à ce qu’on savait alors de l’art des anciens par l’étude des bas-reliefs, des peintures ou des camées qu’il trouvait à Mantoue dans la collection des Gonzague et à Rome dans celles des nombreux amateurs qu’on y comptait parmi l’aristocratie. En dépit de la modicité des sommes qu’il parvenait à prélever sur ses gains, il n’avait pas cessé d’acquérir lui-même, toutes les fois qu’il le pouvait, des bustes, des médailles, des pierres gravées qui avaient rendu célèbre le cabinet que le duc de Buckingham lui achetait en 1627. Depuis lors, il s’était appliqué à combler de son mieux le vide que cette vente avait fait dans sa demeure, et en i635 la nouvelle collection qu’il avait réunie était déjà assez importante pour que les curieux qui passaient par Anvers ne manquassent pas de la visiter. Dans ses voyages, il fréquentait les amateurs et les marchands et nous savons qu’il avait en Italie et en Allemagne des agents chargés de lui signaler toutes les pièces qui pouvaient lui convenir. Nous avons vu aussi la place que tient l’archéologie dans sa correspondance avec ses amis de France, les Peiresc, les frères Dupuy et de Thou. On croirait, tant son savoir est étendu, avoir affaire à un érudit de profession. Rubens d’ailleurs, tenait de son art lui-même une supériorité sur ses correspondants. Grâce aux nombreux dessins exécutés par lui d’après des œuvres antiques, leurs formes s’étaient plus profondément gravées dans son esprit; il était donc plus capable de les comparer et de saisir les analogies ou les différences qu’elles présentaient entre elles.