‹ Rubens; sa vie, son œuvre et son tempsChapitre 425 sur 553 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

poussés non seulement jusqu’à la sueur, mais jusqu’à l’extrême fatigue, et grâce à un pareil entraînement, la liberté, la grâce et l’harmonie naturelle de tous les mouvements étaient assurées. »

On le voit, les conseils et les critiques de Rubens ne visent pas seulement la peinture, mais l’éducation qui, suivant une formule qui lui était chère, doit se proposer comme programme de faire des hommes accomplis par l’heureux accord de la santé intellectuelle et de la santé corporelle : Mens sana in corpore sano. C’est, du moins, avec une netteté et une mesure parfaites qu’il détermine les conditions spéciales de la peinture et de la sculpture, et quand il aborde les sujets antiques, tout en tenant compte, bien mieux que ne le ferait aucun autre, de l’état des connaissances archéologiques de son temps, on peut être assuré qu’il s’efforcera avant tout d’en rendre les côtés vivants, ceux qui avaient frappé les anciens eux-mêmes. C’est pour exprimer les suprêmes énergies de la vie ou de la passion que ceux-ci avaient personnifié dans des types humains les beautés ou les puissances de la nature, et c’est en revenant à la nature elle-même que Rubens va chercher, comme à leur source, les éléments significatifs des légendes qui sollicitent ses pinceaux. S’il trouve dans les réalités qui l’entourent les secours qui lui semblent nécessaires à l’expression de son idée, il dépasse bien vite ces réalités dont il s’inspire pour s’abandonner sans contrainte au lyrisme débordant qui est en lui. Dans les lectures de ses poètes favoris, Virgile et Ovide, sa verve échauffée lui fait voir les épisodes qu’ils retracent déjà transformés et animés par le souffle puissantde son génie. A côté des compositions que lui suggèrent ces poètes, il en imagine de nouvelles qui en dérivent et autour de chacun de ces tvpes de force ou de grâce créés par l’antiquité non seulement il groupe toutes les actions auxquelles ils ont été mêlés, mais il pousse jusqu’aux dernières limites la véhémence des sentiments qu’ils représentent. Comme le musicien qui se sent en possession d’un thème vraiment fécond ne l’abandonne qu’après avoir, dans une progression voulue, donné tout leur éclat et toute leur signification aux développements qu’il comporte, le maître ne s’arrête qu’après avoir épuisé la richesse des combinaisons auxquelles se prêtent les poétiques légendes qui l’ont séduit. Au début de sa carrière, les motifs qu’elles lui avaient fournis étaient d’ordinaire calmes et froids, traités sans entrain, ni con^■iction. C’était le temps des allégories banales ou subtiles, caractérisées par des attributs

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