NYMPHES ET SATYRES
conventionnels, introduites sans grande nécessité, parfois même sans aucune convenance dans les scènes auxquelles il les associait. S’il nous montre Bacchus, c’est envahi par l’obésité ou alourdi parles épaisses fumées de l’ivresse; Vénus immobile, se complaît dans les soins de sa toilette ou grelotte à côté de l’Amour transi comme elle (Musée d’Anvers); quant à Diane, fatiguée de la chasse, elle dort avec ses nymphes parmi les amoncellements de gibier mort qu’a minutieusement détaillés l’habile pinceau de Brueghel (Pinacothèque de Munich). On sent trop en présence de ces images compassées ce qui leur manque au point de vue de la noblesse des formes et de la beauté et sans qu’il soit besoin d’évoquer les radieuses figures de l’art grec, les œuvres des maîtres de la Renaissance reviennent involontairement à l’esprit pour condamner ces massives flamandes et la molle opulence de leurs chairs. Mais avec le temps, l’exécution de Rubens est devenue plus animée, plus alerte; ses compositions ont gagné en ampleur et en liberté; il sait faire vivre ses personnages, les grouper dans des actions communes. Le mouvement qu’il leur donne, l’entente décorative des épisodes dans lesquels ils interviennent, le pittoresque du décor où ils se meuvent, par-dessus tout l’incomparable éclat du coloris suppléent, et au delà, à ce qui peut leur manquer au point de vue du style. Diane maintenant bondit ardente et légère à la tête de ses compagnes qu’elle entraîne dans sa course rapide à la poursuite d’un cerf (Musée de Berlin), et la prestesse, la sûreté et l’esprit de la touche aussi bien que la fraîche vivacité des intonations renouvellent et transforment la scène.
Si plus d’une fois déjà Rubens avait placé sur le passage de ces jeunes beautés des satyres lascifs qui les dévorent du regard, du moins la présence de la déesse contenait l’impétuosité de leurs désirs. Dans une longue frise du Musée du Prado, au contraire, il nous montre, en l’absence de Diane, ses Nymphes surprises par des Satyres. Confiantes dans la solitude du lieu, les jeunes filles, fatiguées de leur chasse, se sont imprudemment endormies sous la garde de leurs chiens, à côté des animaux qu’elles ont tués. Mais voici que des profondeurs de la forêt, enflammés d’une ardeur bestiale à la vue de ces corps nus, les satyres se sont élancés sur elles. De chasseresses devenues gibier, les nymphes essaient effarées de se dérober aux étreintes de ces brutes aux pieds fourchus. Une d’elles, retenue par le bas de sa jupe, s’efforce en vain de fuir;